
Chapitre 13-2
Textes de E. Nogacki
Doux pays - La séparation
Journal "Le Figaro"
du 24.12.1905.
Caricature, par Forain
Au
début du XXe siècle, l’opinion qui avait été partagée entre
partisans et adversaires de l’innocence de Dreyfus l’est ensuite à propos du
projet de loi sur la Séparation des Églises et de l’État. Cette loi de 1905
intervient dans le contexte de ce qui a été appelé après coup la « Belle
Époque ». Portée notamment par les industries nouvelles (automobile,
aviation, chimie...), la France connaît une réelle expansion.
Mais la loi
entraînera des conflits sérieux entre les laïques et l’Église catholique, de
violentes attaques et condamnations cléricales envers l’école et les
nouvelles lois scolaires. Son application va largement dominer le climat
politique de la France de 1905 à 1914 et ce n’est qu’à l’occasion de la
Première Guerre mondiale que la question religieuse sera reléguée au second
plan.
La loi achève un processus qui, depuis l’arrivée des républicains au pouvoir
(1879), vise à réduire le poids de l’Église catholique dans la société.
Protestants et juifs acceptent sans heurt d’être détachés de l’État. Mais
pour les catholiques, la Séparation est un drame : la fin d’une alliance de
1400 ans entre la France et l’Église (baptême de Clovis, 496), le retour à
la déchristianisation révolutionnaire.
Ce
dessin illustre la Loi de Séparation de l’Église et
de l’État, votée au Parlement quelques semaines
auparavant.
De part et d’autre du mur et matérialisant la
Séparation, face à face, un prêtre éploré et un
instituteur laïque lui déclarant : « Je vous laisse
les parents, moi je garde les gosses » (rangés
derrière lui).
Cahier
d’Histoire – Illustration de couverture |
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Promenades laïques
Caricature, par Forain
« La violence des affrontements,
que traduisent les caricatures de l’époque, [suite au
vote de la Loi de Séparation de l’Église et de l’État]
fit que face "aux folles outrances verbales des
cléricaux", la défense de l’École laïque se confondit
souvent avec la lutte anticléricale. »
Les patronages laïques sont un des éléments les plus
indispensables de la défense de l’école laïque contre les
manœuvres dont elle est menacée. En 1905, il y a à
Valenciennes huit patronages laïques de garçons comportant
1264 adhérents et 18 patronages de filles avec 899
participantes. Des excursions sont organisées, des
activités diverses ont lieu, dont des causeries faites par
les enseignants... Le but poursuivi est d’arracher les
adolescents « aux dangers matériels et moraux de
l’alcoolisme (fréquentation des cabarets) et des mômeries
cléricales (vêpres, saluts...) où veulent les entraîner
les ennemis de l’esprit laïque » (L’Impartial du Nord).
Les œuvres complémentaires de l’école vont se renforcer
vers 1908-1909 quand les cléricaux essaient de riposter
pour reprendre la main sur les enfants et leurs parents,
avec les cours d’adultes, les bibliothèques scolaires, la
mutualité scolaire et des associations d’anciens élèves.
Cahier d'Histoire -
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La Séparation de
l’Église et de l’État
Lithographie – Anonyme, 1905,
Musée Jean Jaurès de Castres
Les
relations de la France avec le Saint-Siège s’étaient
envenimées du fait de la politique anticléricale menée par
Émile Combes et de l’intransigeance du nouveau pape Pie X.
Le 29 juillet 1904, le gouvernement avait
décidé
de rompre les relations diplomatiques avec le Vatican. Ce sera dorénavant une guerre
continuelle avec des attaques répétées de l’Église contre
la laïcité avec notamment La lettre pastorale où
les cardinaux, archevêques et évêques de France condamnent
et interdisent certains livres classiques dans les écoles
et les lycées, et en 1906, avec les incidents au moment
des inventaires.
L’anticléricanisme des républicains s’apparentait à une
« foi laïque », rationaliste et positiviste, en partie
issue des Lumières. Le progrès, la science, l’éducation
devaient faire reculer l’ignorance, l’obscurantisme et la
superstition. Le pouvoir civil devait donc soumettre le
pouvoir religieux et l’exclure de la vie politique et de
la société.
« Cette allégorie est riche en symboles. Émile Combes est
déjà en action. La francisque s’apprête à trancher le nœud
gordien (central) aux robustes entrelacs gorgés par des
siècles d’histoire. Fort réjoui, Voltaire lui donne la
force nécessaire. Nouveau "Dieu" dont la pureté laïque et
franc-maçonne ne saurait être mise en doute, le philosophe
des Lumières envoie ses rayons bénéfiques à l’exécuteur.
La République, figurée en "Marianne de petite vertu",
s’efforce de tendre la corde et s’attend à la séparation…
L’Église, représentée par le pape, continue d’être
surveillée par Émile Combes.. Fort mécontente de
l’opération, elle subit, incapable d’apprécier la
situation à sa juste valeur. L’anticléricalisme de cette
allégorie est très accentué. Le moine à terre en est une
preuve tout comme les détails de la tenue du pape, qui
relèvent de la moquerie pure et simple, tout en insistant
sur l’opulence de l’Église, son étrangeté et son
extériorité par rapport à la société civile. » (Alain
Boscus)
Une fois le nœud tranché, la République ne reconnaîtra, ne
salariera, ne subventionnera plus aucun culte. Mais elle
assurera la liberté de conscience et garantira le « libre
exercice des cultes » comme le mentionneront les deux
premiers articles de la loi.
Cahier d'Histoire -
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École de filles d’un village
d’Indre-et-Loire en 1910
Photographie, 4 mars 1910,
Rouen, Musée National de l’Éducation.
Cette école témoigne
des progrès spectaculaires de l’organisation pédagogique
au début du siècle. La maîtresse règne, ici, sur un espace
tout entier conçu pour les besoins de l’enseignement.
Cette classe a plusieurs divisions, dispose d’un mobilier
scolaire spécifique et d’un matériel pédagogique abondant.
Aucune élève n’est livrée à elle-même, le découpage des
activités est rigoureux, c’est le triomphe de la "méthode
simultanée".
Les réformes de l’enseignement primaire des filles
incluent le développement de l’enseignement ménager :
« L’éducation des filles... [doit les dégager] de plus en
plus de l’asservissement actuel de l’Église avec un
enseignement pratique qui les initiera à leurs fonctions
dans la vie
». Toujours ce souci d’affranchir les filles de
l’emprise de l’Église, mais surtout de les éduquer pour
une vie purement familiale.
Les écoles primaires sont ouvertes aux enfants de 6 ans
révolus jusqu’à 13 ans révolus. S’il existe une classe
enfantine, l’âge d’admission est élevé à sept ans. Pour la
majorité des élèves, le Certificat d’Études primaires
marque la fin des études primaires car la loi de 1882 qui
dispense de toute scolarité obligatoire les élèves pourvus
de ce diplôme est toujours appliquée. Or un certain nombre
de candidats qui n’ont pas encore 11 ans se présentent à
cet examen et leur scolarité en est réduite car le cours
supérieur qui reçoit les élèves de 11 à 13 ans n’existe
pas dans toutes les écoles.
Cahier d’Histoire – page 91 |
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Tableau d’élocution :
distribution des prix
Librairie A. Colin.
1908, M.N.E.
Cette
scène de distribution de prix, dans un lycée, illustre un
tableau d’élocution largement diffusé dans les écoles
élémentaires.
L’image est conforme au discours que l’Institution tient
sur elle-même : la récompense du mérite, l’égal accès de
tous aux plus hautes destinées scolaires. Pourtant, en
1908, les enseignements primaire et secondaire sont encore
séparés par un fossé que ne franchissent que de rares
boursiers.
L’instauration, au début des années 1880 de la cérémonie
des prix a contribué à démocratiser l’accès au livre. Le
nombre de titres pour enfants recensés passe de 340 en
1904-1905 à 550 en 1911-1912. Les éditeurs se partagent en
éditeurs laïques (Hetzel, racheté par Hachette en 1914,
Flammarion...), éditeurs catholiques (Mame, Rocher et
Chernoviz, Ganthier-Langureau avec La semaine de
Suzette et Bécassine...), qui ont chacun leur
panthéon, et éditeurs scolaires (Delagrave, Armand Colin,
Nathan, ...).
Les directeurs et directrices de Valenciennes reçoivent un
Catalogue de livres illustrés pour distribution des
prix avec pour chaque livre présenté un résumé mettant
l’accent sur les leçons de morale et des extraits d’appréciation
de directeurs : « Les parents verront avec plaisir vos
petits livres entre les mains de leurs enfants, car de
chacune de ces lectures sortent des connaissances utiles
et de bons sentiments. »
Cahier d’Histoire –
page 117
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Jeux à l’École
maternelle de
la rue Bullet à Paris en 1911
Photographie, juin 1911, M.N.E.
Dans
cette cour étroite d’école maternelle parisienne (10e
arrondissement), sous quelques arbres un peu jeunes, plus
d’une cinquantaine d’enfants sont figés, debout pour la
plupart, un jouet à la main ou par terre, ou bien
immobilisés dans une ronde ou un jeu, en présence de cinq
femmes.
Le 16 mars 1905, des instructions sont publiées pour
rappeler que l’école maternelle n’a pas pour « mission
d’apprendre à lire, écrire et compter aux enfants, mais
doit les éduquer en appropriant les méthodes à leur âge et
besoins ».
À Valenciennes, tous les ans, les fêtes de Noël ont lieu dans
chaque école maternelle et leur programme, « laissé à l’esprit
d’initiative et du dévouement bien connu de nos intelligentes
institutrices » est communiqué aux journaux. Riche et varié,
il se compose de chants, de poésie, de saynètes. Les
autorités visitent les cinq écoles « décorées avec beaucoup de
goût et qui arborent le drapeau tricolore ». La partie
récréative est accompagnée d’une distribution de friandises,
de jouets et de vêtements et chaussures.
Cahier d’Histoire – page 122 |
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Cinquantenaire de
la fondation
de l’Œuvre de la Caisse des écoles
Affiche commémorative publiée par
la Ligue de l’Enseignement en 1909
La première Caisse des
écoles a été fondée en 1849 par un bataillon de la Garde
nationale du 2e arrondissement de Paris qui
destina une partie de ses fonds de secours à subvenir aux
besoins des enfants nécessiteux des écoles primaires.
À Valenciennes, une Caisse des écoles municipales a été
instituée en décembre 1900.
Elle sera alimentée par des souscriptions particulières,
des subventions de la Ville, du Département ou de l’État,
par le produit de dons, legs, quêtes... Elle a pour but
d’encourager et de faciliter la fréquentation des écoles
municipales, en donnant des vêtements aux enfants qui en
manquent, en récompensant le travail et la bonne conduite
par des livrets de Caisse d’Épargne et, au besoin, en
venant en aide aux familles nécessiteuses qui se privent
du travail de leurs enfants pour les envoyer à l’école.
Elle subventionnera en outre les cantines scolaires
(chap.XIII-1)
Cahier
d’Histoire – page 126 |
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Valenciennes,
École municipale,
rue des Chartreux
Carte postale, début du
siècle
collection particulière M. Martin
L’école des Chartreux comprend une
école de garçons, et une école de filles avec un Cours
complémentaire permettant aux filles titulaires du CEP et
ayant suivi le Cours supérieur de préparer le Certificat
d’Études complémentaires.
L’insuffisance des locaux scolaires laïques font dès 1905
l’objet de discussions très vives au Conseil municipal
et de joutes oratoires entre L’Impartial et Le
Valenciennois. La disparition des écoles
congré-ganistes va forcément augmenter les effectifs des
écoles, surtout de filles. En 1908 la plupart des écoles
municipales ont un effectif pléthorique. La « carte
scolaire » n’existe pas. Ainsi, l’école des garçons rue
des Chartreux dans le canton Est reçoit 309 élèves dont
56 du canton Sud dans 5 classes (moyenne de 61 élèves par
classe), et l’école des filles avec 6 classes reçoit 474
élèves (moyenne de 79 élèves par classe) dont 100 du
canton Sud, et sur les 89 élèves que compte son cours
supérieur, 43 sont étrangères à la ville.
L’école des Chartreux deviendra une école de garçons
jusqu’en 1960, et sera aménagée ensuite pour le centre de
rééducation physique. Une partie des locaux est maintenant
occupée par la police municipale.
Cahier d’Histoire – page 145 |
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Valenciennes,
École de filles
et
maternelle de
Saint-Vaast-là-Haut
Photo A. Farin, juin 2006
La
compagnie des mines d’Anzin avait ouvert en 1873 une école
de filles et un asile confiés aux sœurs de la Charité. Une
école publique de garçons avait été construite en 1879.
L’éducation des filles restait confiée aux religieuses, mais la loi qui frappe la
congrégation enseignante doit entraîner la fermeture de
cette école. En août 1906, le Conseil municipal
insiste pour que le hameau de Saint-Vaast soit doté sans
retard d’une école publique de filles. (L’opposition
demande que l’on ne se presse pas puisque la loi a fixé à
1913 le délai pour la laïcisation des écoles
congréganistes et qu’« il existe une école de filles tenue
par les Sœurs et qui ne coûte rien à la ville ».) Le
premier projet pour une école de filles de cinq classes et
une école maternelle de trois classes avec cantine
scolaire commune et logement pour les directrices, date du
7 avril 1907. Il sera modifié et approuvé par le
ministère de l’Instruction publique le 6 février 1909.
La construction située avenue Désandrouins, qui reçoit
ses premiers élèves le 1er octobre 1911 est
inaugurée le 22 octobre suivant. Les effectifs sont pour
l’école des filles de 259 élèves pour quatre classes
(moyenne de 65 élèves) et pour l’école maternelle de 237
élèves pour trois classes (moyenne de 79 élèves).
Ayant subi d’importants dommages pendant la Première
Guerre mondiale, elle est reconstruite en 1921 à partir du
plan de 1909. Près d’un siècle plus tard, en 2006, elle
est démolie pour laisser place à l’extension du Centre
hospitalier de Valenciennes. Un autre groupe scolaire,
primaire et maternelle, construit dans la cité des
Agglomérés, accueille désormais les enfants du secteur,
garçons et filles.
Cahier d'Histoire - Page 158 |
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Séance de
gymnastique d’une classe
primaire au Collège de Jeunes Filles
Carte postale,
années 1910-1914, collection particulière M. Martin
Le nouveau Collège de Jeunes Filles qui
deviendra plus tard le lycée Watteau, est construit « dans
le quartier le plus beau, le plus sain de la Ville, au
milieu de la verdure où l’air est aussi bon que possible,
en bordure des grands boulevards créés sur l’emplacement
des anciennes fortifications… ».
Il est inauguré le 27 juin 1909 et comprend alors huit
classes primaires mixtes, avec une classe enfantine et une
classe maternelle. Le préau sert de salle de gymnastique
et de salle de fête.
La gymnastique « donne de la force et de la souplesse à
nos organes. Elle favorise les actes de courage et prépare
au service militaire » affirme L’Éducation
morale et civique à l’école en 1908. Les règles ne
sont donc pas les mêmes pour les garçons et les filles,
celles-ci ne pratiqueront pas la boxe, le bâton et la
corde, remplacés par la danse et d’autres jeux.
Elles se contentent donc de mouvements simples et nous
voyons ici que leur tenue n’est vraiment pas adaptée à la
pratique des sports.
Cahier d’Histoire – page 169 |
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