Doux pays
          - La séparation -

Amicale des Retraités de l'Education Nationale du Valenciennois

Mise à jour28-03-2010



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Chapitre 13-2

Textes de E. Nogacki


Doux pays - La séparation

Journal "Le Figaro"
du 24.12.1905.
Caricature, par Forain

Au début du XXe siècle, l’opinion qui avait été partagée entre partisans et adversaires de l’innocence de Dreyfus l’est ensuite à propos du projet de loi sur la Séparation des Églises et de l’État. Cette loi de 1905 intervient dans le contexte de ce qui a été appelé après coup la « Belle Époque ». Portée notamment par les industries nouvelles (automobile, aviation, chimie...),  la France connaît une réelle expansion.
Mais la loi
entraînera des conflits sérieux entre les laïques et l’Église catholique, de violentes attaques et condamnations cléricales envers l’école et les nouvelles lois scolaires. Son application va largement dominer le climat politique de la France de 1905 à 1914 et ce n’est qu’à l’occasion de la Première Guerre mondiale que la question religieuse sera reléguée au second plan.
La loi achève un processus qui, depuis l’arrivée des républicains au pouvoir (1879), vise à réduire le poids de l’Église catholique dans la société. Protestants et juifs acceptent sans heurt d’être détachés de l’État. Mais pour les catholiques, la Séparation est un drame : la fin d’une alliance de 1400 ans entre la France et l’Église (baptême de Clovis, 496), le retour à la déchristianisation révolutionnaire.

Ce dessin illustre la Loi de Séparation de l’Église et de l’État, votée au Parlement quelques semaines auparavant.
De part et d’autre du mur et matérialisant la Séparation, face à face, un prêtre éploré et un instituteur laïque lui déclarant : « Je vous laisse les parents, moi je garde les gosses » (rangés derrière lui).

Cahier d’Histoire – Illustration de couverture

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Promenades laïques

Caricature, par Forain

« La violence des affrontements, que traduisent les caricatures de l’époque, [suite au vote de la Loi de Séparation de l’Église et de l’État] fit que face "aux folles outrances verbales des cléricaux", la défense de l’École laïque se confondit souvent avec la lutte anticléricale. »
Les patronages laïques sont un des éléments les plus indispensables de la défense de l’école laïque contre les manœuvres dont elle est menacée. En 1905, il y a à Valenciennes huit patronages laïques de garçons comportant 1264 adhérents et 18 patronages de filles avec 899 participantes. Des excursions sont organisées, des activités diverses ont lieu, dont des causeries faites par les enseignants... Le but poursuivi est d’arracher les adolescents  « aux dangers matériels et moraux de l’alcoolisme (fréquentation des cabarets) et des mômeries cléricales (vêpres, saluts...) où veulent les entraîner les ennemis de l’esprit laïque » (L’Impartial du Nord).
Les œuvres complémentaires de l’école vont se renforcer vers 1908-1909 quand les cléricaux essaient de riposter pour reprendre la main sur les enfants et leurs parents, avec les cours d’adultes, les bibliothèques scolaires, la mutualité scolaire et des associations d’anciens élèves.

Cahier d'Histoire - Page 15

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La Séparation de
l’Église et de l’État


Lithographie – Anonyme, 1905,
 Musée Jean Jaurès de Castres

 Les relations de la France avec le Saint-Siège s’étaient envenimées du fait de la politique anticléricale menée par Émile Combes et de l’intransigeance du nouveau pape Pie X. Le 29 juillet 1904, le gouvernement avait décidé de rompre les relations diplomatiques avec le Vatican. Ce sera dorénavant une guerre continuelle avec des attaques répétées de l’Église contre la laïcité avec notamment La lettre pastorale où les cardinaux, archevêques et évêques de France condamnent et interdisent certains livres classiques dans les écoles et les lycées, et en 1906, avec les incidents au moment des inventaires. 
L’anticléricanisme des républicains s’apparentait à une « foi laïque », rationaliste et positiviste, en partie issue des Lumières. Le progrès, la science, l’éducation devaient faire reculer l’ignorance, l’obscurantisme et la superstition. Le pouvoir civil devait donc soumettre le pouvoir religieux et l’exclure de la vie politique et de la société.

« Cette allégorie est riche en symboles. Émile Combes est déjà en action. La francisque s’apprête à trancher le nœud gordien (central) aux robustes entrelacs gorgés par des siècles d’histoire. Fort réjoui, Voltaire lui donne la force nécessaire. Nouveau "Dieu" dont la pureté laïque et franc-maçonne ne saurait être mise en doute, le philosophe des Lumières envoie ses rayons bénéfiques à l’exécuteur. La République, figurée en "Marianne de petite vertu", s’efforce de tendre la corde et s’attend à la séparation… L’Église, représentée par le pape, continue d’être surveillée par Émile Combes.. Fort mécontente de l’opération, elle subit, incapable d’apprécier la situation à sa juste valeur. L’anticléricalisme de cette allégorie est très accentué. Le moine à terre en est une preuve tout comme les détails de la tenue du pape, qui relèvent de la moquerie pure et simple, tout en insistant sur l’opulence de l’Église, son étrangeté et son extériorité par rapport à la société civile. » (Alain Boscus)

Une fois le nœud tranché, la République ne reconnaîtra, ne salariera, ne subventionnera plus aucun culte. Mais elle assurera la liberté de conscience et garantira le « libre exercice des cultes »  comme le mentionneront les deux premiers articles de la loi. 

Cahier d'Histoire - Page 23

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École de filles d’un village
 d’Indre-et-Loire en 1910 

Photographie, 4 mars 1910,
Rouen, Musée National de l’Éducation.

Cette école témoigne des progrès spectaculaires de l’organisation pédagogique au début du siècle. La maîtresse règne, ici, sur un espace tout entier conçu pour les besoins de l’enseignement. Cette classe a plusieurs divisions, dispose d’un mobilier scolaire spécifique et d’un matériel pédagogique abondant. Aucune élève n’est livrée à elle-même, le découpage des activités est rigoureux, c’est le triomphe de la "méthode simultanée".
Les réformes de l’enseignement primaire des filles incluent le développement de l’enseignement ménager : « L’éducation des filles... [doit les dégager] de plus en plus de l’asservissement actuel de l’Église avec un enseignement pratique qui les initiera à leurs fonctions dans la vie ». Toujours ce souci d’affranchir les filles de l’emprise de l’Église, mais surtout de les éduquer pour une vie purement familiale.
Les écoles primaires sont ouvertes aux enfants de 6 ans révolus jusqu’à 13 ans révolus. S’il existe une classe enfantine, l’âge d’admission est élevé à sept ans. Pour la majorité des élèves, le Certificat d’Études primaires marque la fin des études primaires car la loi de 1882 qui dispense de toute scolarité obligatoire les élèves pourvus de ce diplôme est toujours appliquée. Or un certain nombre de candidats qui n’ont pas encore 11 ans se présentent à cet examen et leur scolarité en est réduite car le cours supérieur qui reçoit les élèves de 11 à 13 ans n’existe pas dans toutes les écoles.

Cahier d’Histoire – page 91

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Tableau d’élocution :
distribution des prix

Librairie A. Colin.
 1908, M.N.E.

Cette scène de distribution de prix, dans un lycée, illustre un tableau d’élocution largement diffusé dans les écoles élémentaires.
L’image est conforme au discours que l’Institution tient sur elle-même : la récompense du mérite, l’égal accès de tous aux plus hautes destinées scolaires. Pourtant, en 1908, les enseignements primaire et secondaire sont encore séparés par un fossé que ne franchissent que de rares boursiers.

L’instauration, au début des années 1880 de la cérémonie des prix a contribué à démocratiser l’accès au livre. Le nombre de titres pour enfants recensés passe de 340 en 1904-1905 à 550 en 1911-1912. Les éditeurs se partagent en éditeurs laïques (Hetzel, racheté par Hachette en 1914, Flammarion...), éditeurs catholiques (Mame, Rocher et Chernoviz, Ganthier-Langureau avec La semaine de Suzette et Bécassine...), qui ont chacun leur panthéon, et éditeurs scolaires (Delagrave, Armand Colin, Nathan, ...).
Les directeurs et directrices de Valenciennes reçoivent un Catalogue de livres illustrés pour distribution des prix avec pour chaque livre présenté un résumé mettant l’accent sur les leçons de morale et des extraits d’appréciation de directeurs : « Les parents verront avec plaisir vos petits livres entre les mains de leurs enfants, car de chacune de ces lectures sortent des connaissances utiles et de bons sentiments. »

Cahier d’Histoire – page 117

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Jeux à l’École maternelle de
la rue Bullet à Paris en 1911

 
Photographie, juin 1911, M.N.E.

Dans cette cour étroite d’école maternelle parisienne (10e arrondissement), sous quelques arbres un peu jeunes, plus d’une cinquantaine d’enfants sont figés, debout pour la plupart, un jouet à la main ou par terre, ou bien immobilisés dans une ronde ou un jeu, en présence de cinq femmes.

Le 16 mars 1905, des instructions sont publiées pour rappeler que l’école maternelle n’a pas pour « mission d’apprendre à lire, écrire et compter aux enfants, mais doit les éduquer en appropriant les méthodes à leur âge et besoins ».  

À Valenciennes, tous les ans, les fêtes de Noël ont lieu dans chaque école maternelle et leur programme, « laissé à l’esprit d’initiative et du dévouement bien connu de nos intelligentes institutrices » est communiqué aux journaux. Riche et varié, il se compose de chants, de poésie, de saynètes. Les autorités visitent les cinq écoles « décorées avec beaucoup de goût et qui arborent le drapeau tricolore ». La partie récréative est accompagnée d’une distribution de friandises, de jouets et de vêtements et chaussures.

Cahier d’Histoire – page 122

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Cinquantenaire de la fondation de l’Œuvre de la Caisse des écoles

 Affiche commémorative publiée par
 la Ligue de l’Enseignement en 1909

 La première Caisse des écoles a été fondée en 1849 par un bataillon de la Garde nationale du 2e arrondissement de Paris qui destina une partie de ses fonds de secours à subvenir aux besoins des enfants nécessiteux des écoles primaires.
À Valenciennes, une Caisse des écoles municipales a été instituée en décembre 1900.
Elle sera alimentée par des souscriptions particulières, des subventions de la Ville, du Département ou de l’État, par le produit de dons, legs, quêtes... Elle a pour but d’encourager et de faciliter la fréquentation des écoles municipales, en donnant des vêtements aux enfants qui en manquent, en  récompensant le travail et la bonne conduite par des livrets de Caisse d’Épargne et, au besoin, en venant en aide aux familles nécessiteuses qui se privent du travail de leurs enfants pour les envoyer à l’école. Elle subventionnera en outre les cantines scolaires (chap.XIII-1)

Cahier d’Histoire – page 126

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Valenciennes, École municipale,
 rue des Chartreux

Carte postale, début du siècle
collection particulière M. Martin

 

L’école des Chartreux comprend une école de garçons, et une école de filles avec un Cours complémentaire permettant aux filles titulaires du CEP et ayant suivi le Cours supérieur de préparer le Certificat d’Études complémentaires.
L’insuffisance des locaux  scolaires laïques font dès 1905 l’objet de discussions très vives au Conseil municipal
et de joutes oratoires entre L’Impartial et Le Valenciennois. La disparition des écoles congré-ganistes va forcément augmenter les effectifs des écoles, surtout de filles. En 1908 la plupart des écoles municipales ont un effectif  pléthorique. La « carte scolaire » n’existe pas. Ainsi, l’école des garçons rue des Chartreux dans le canton Est reçoit 309 élèves  dont 56 du canton Sud dans 5 classes (moyenne de 61 élèves par classe),  et l’école des filles avec 6 classes reçoit 474 élèves (moyenne de 79 élèves par classe) dont 100 du canton Sud, et sur les 89 élèves que compte son cours supérieur, 43 sont étrangères à la ville.
L’école des Chartreux deviendra une école de garçons jusqu’en 1960, et sera aménagée ensuite pour le centre de rééducation physique. Une partie des locaux est maintenant occupée par la police municipale.

                        Cahier d’Histoire – page 145

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Valenciennes, École de filles
et maternelle de
Saint-Vaast-là-Haut

 
Photo A. Farin, juin 2006
 

 La compagnie des mines d’Anzin avait ouvert en 1873 une école de filles et un asile confiés aux sœurs de la Charité. Une école publique de garçons avait été construite en 1879.
L’éducation des filles restait confiée aux religieuses
, mais la loi qui frappe la congrégation enseignante doit entraîner la fermeture de cette école. En août 1906, le Conseil municipal insiste pour que le hameau de Saint-Vaast soit doté sans retard d’une école publique de filles. (L’opposition demande que l’on ne se presse pas puisque la loi a fixé à 1913 le délai pour la laïcisation des écoles congréganistes et qu’« il existe une école de filles tenue par les Sœurs et qui ne coûte rien à la ville ».)  Le premier projet pour une école de filles de cinq classes et une école maternelle de trois classes avec cantine scolaire commune et logement pour les directrices, date du 7 avril 1907. Il sera modifié et  approuvé par le ministère de l’Instruction publique le 6 février 1909. La construction située avenue Désandrouins, qui reçoit ses premiers élèves le 1er octobre 1911 est inaugurée le 22 octobre suivant. Les effectifs sont pour l’école des filles de 259 élèves pour quatre classes (moyenne de 65 élèves) et pour l’école maternelle de 237 élèves pour trois classes (moyenne de 79 élèves).
Ayant subi d’importants dommages pendant la Première Guerre mondiale, elle est reconstruite en 1921 à partir du plan de 1909. Près d’un siècle plus tard, en 2006, elle est démolie pour laisser place à l’extension du Centre hospitalier de Valenciennes. Un autre groupe scolaire, primaire et maternelle, construit dans la cité des Agglomérés, accueille désormais les enfants du secteur, garçons et filles.

Cahier d'Histoire - Page 158

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Séance de gymnastique d’une classe  primaire au Collège de Jeunes Filles
 

Carte postale, années 1910-1914, collection particulière M. Martin

Le nouveau Collège de Jeunes Filles qui deviendra plus tard le lycée Watteau, est construit « dans le quartier le plus beau, le plus sain de la Ville, au milieu de la verdure où l’air est aussi bon que possible, en bordure des grands boulevards créés sur l’emplacement des anciennes fortifications… ».
Il est inauguré le 27 juin 1909 et comprend alors huit classes primaires mixtes, avec une classe enfantine et une classe maternelle. Le préau sert de salle de gymnastique et de salle de fête.

La gymnastique « donne de la force et de la souplesse à nos organes. Elle favorise les actes de courage et prépare au service militaire » affirme L’Éducation morale et civique à l’école en 1908. Les règles ne sont donc pas les mêmes pour les garçons et les filles, celles-ci ne pratiqueront pas la boxe, le bâton et la corde, remplacés par la danse et d’autres jeux.
Elles se contentent donc de mouvements simples et nous voyons ici que leur tenue n’est vraiment pas adaptée à la pratique des sports.

Cahier d’Histoire – page 169

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