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Chapitre
06
Textes de J. Halliez
"Citoyens,
citoyennes" et leurs enfants
La
Révolution française racontée aux enfants
Alain
Decaux, Éd. Perrin, 1988
...
confiants en la jeune République qui suggère de constituer
l’enseignement primaire en service public et expose pour la
première fois la conception d’une instruction gratuite, laïque
et obligatoire, conception qui devait cheminer tout au long du
XIXe siècle pour aboutir aux lois Ferry des années
1880.
C’est un
travail continu, méthodique auquel se livrent en six années
(1789-1795) les Assemblées révolutionnaires n’ayant pas mis
sur pied moins de vingt-cinq projets "essentiels"
d’instruction publique dans lesquels l’enthousiasme s’y
associe presque toujours à l’esprit pratique, ces efforts de
"création continue", de la Constituante au Directoire,
démentent tout à fait l’expression de "vandalisme
révolutionnaire" sous laquelle des adversaires ont prétendu
les accabler.
C’est la
Convention qui va introduire dans la législaton scolaire le
terme d’"école primaire" décrétant le 12 décembre 1792 que
"... les écoles primaires forment le premier degré
d’instruction... les personnes chargées de l’enseignement dans
ces écoles s’appelleront instituteurs."
Par la suite
la législation scolaire va s’avérer plus timide d’autant que
la République ne dispose pas des moyens de sa politique
(pénurie de maîtres, manque de crédits et de locaux).
Fin 1795,
les rêves égalitaires sont éteints et par la loi Daunou, la
République renonce à l’obligation scolaire et à la gratuité ;
supprimée également la rétribution, par l’État, des
instituteurs.
Cahier d’Histoire, illustration de couverture |
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Caricature
révolutionnaire représentant l’Église enseignante... vers 1793
Rouen, Musée national de
l’Éducation, INRP
Caricature accompagnée
d’une légende intitulée L’instituteur des aristocrates expliquant
comment Belphégor, en soutane d’ecclésiastique, aux oreilles difformes et
aux cornes sataniques (pour mieux le ridiculiser et le déconsidérer), est
venu sur terre pour instruire les hommes.
Recteur de l’Université
chassé de Paris, retiré à Aristocratopolis, on lui confie alors
l’éducation de deux gentilhommes, l’un se destinant au métier des armes
militaires, l’autre à l’état ecclésiastique (prêtre) ; après avoir
inculqué au premier les principes de la cruauté, au second ceux de la
perfidie et de la fourberie – profitant bien de ses "sages" leçons et
faisant honneur à leur maître - , il retourne "alors prendre possession de
son trône vacant par la mort de Belzébuth son prédécesseur".
Ce petit récit présente
ainsi une vision partiale de l’éducation par l’Église enseignante des
élites sous l’Ancien Régime, formant des êtres vicieux, cruels et
méchants... seule une éducation nouvelle peut donc régénérer la nation.
Cahier d’Histoire, page 0 |
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La déclaration des
Droits de l’Homme et du Citoyen
Alexis Léaud et Emile
Glay, L’école primaire en France,
Paris, Éd. La Cité
française, 1934
Après l’écroulement de
l’Ancien Régime, il fallait reconstruire l’État et la société ; pour
servir de base à l’ordre nouveau, l’Assemblée constituante vote le 26 août
1789 cette Déclaration proclamant les principes sur lesquels il se
fondera :
"Les représentants du
peuple français, constitués en Assemblée nationale considérant que
l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’homme sont les seules
causes des malheurs publics et de la corruptionçe des gouvernements, ont
résolu d’exposer, dans une déclaration solennelle, les droits naturels,
inaliénables et sacrés de l’homme..."
Ses différents articles
sont autant de formules dont le caractère absolu et universel valut à la
Déclaration des droits de l’homme de devenir le programme
commun aux démocrates libéraux de toute nationalité.
Le texte présenté ici
est celui de 1793 (aquatinte en couleurs, gravure de Machy) comportant
trente-cinq articles, l’article XXI étant ainsi libellé :
"L’instruction est le
besoin de tous. La société doit favoriser de tout son pouvoir les progrès
de la raison publique, et mettre l’instruction à la portée de tous les
citoyens."
Cahier
d’Histoire, page 1 |
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"Institutrice républicaine"...
... vers 1795
De Vinck, estampe,
Paris, BNF, tome 25, n° 4206
L’école qu’avaient imaginée les hommes
de la Révolution devait porter un visage jeune et souriant, beau comme
celui de la Liberté elle-même.
Maternelle et
fraternelle à la fois, elle devait répandre la connaissance des "droits de
l’homme" - dont cette jeune institutrice fait lire ici, à son élève, la
"déclaration" - et préparer les citoyens à construire la société
égalitaire nouvelle.
Si on se réfère aux
projets d’instruction publique évoqués plus haut, on y trouve bien sûr
l’idée que les femmes doivent avoir leur place dans le système éducatif
général.
Par ailleurs, la
scolarisation des filles figure bien dans les différentes mesures
législatives arrêtées par les assemblées révolutionnaires ; mais dans l’un
et l’autre cas, il n’est question que de leur présence dans les écoles
primaires. Si les filles doivent comme les garçons apprendre à
lire/écrire/compter, connaître les éléments de la morale républicaine,
elles seront surtout formées aux travaux manuels : c’est le principe du
partage traditionnel des tâches sociales qui perdure.
Cahier d’Histoire,
page 0
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Alphabet républicain...
An II (1793-1794)
J.B. Chemin-Desportes
Paris, BNF
Les techniques didactiques d’apprentissage de la
lecture et de l’écriture héritées de l’Ancien Régime témoignent d’une
remarquable continuité ; en revanche le contenu des manuels scolaires que la
Convention décide de faire rédiger et diffuser dans tout le pays est conforme à
l’esprit nouveau.
Ainsi dans cet Alphabet républicain, la
lecture est un précieux auxiliaire politique : l’élève découvre les grands
idéaux révolutionnaires et les grands hommes de la Révolution associés aux
éléments de la vie quotidienne.
Immédiatement après avoir appris l’alphabet ("A a
assemblée nationale"...), il épelle "Liberté, Egalité, Constitution, Bastille,
Roi...".
Quand il sait lire, il découvre dans son livre
une chanson guerrière La Marseillaise, et plus loin La chanson des
Sans-culottes rappelant les grandes journées révolutionnaires et magnifiant
le rôle joué par le peuple.
Cahier
d’Histoire, page 0
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"Prêtre patriote prêtant de bonne foi le serment
civique"
Serge Bianchi, La révolution culturelle de
l’An II,
Paris, Éd. Aubier, 1982
Dans son travail de reconstitution sociale, le
nouveau régime provoque un schisme dans l’Église de France, votant le 12 juillet
1790 La constitution civile du clergé qui réduit considérablement
l’autorité du Pape.
Le 27 novembre 1790, nouveau décret : tous les
ecclésiastiques en fonction sont tenus de prêter sans délai le "serment civique
de fidélité à la Nation, à la loi et au Roi".
Près de la moitié des curés s’y refusent ; il y
eut ainsi deux clergés :
- les jureurs ("assermentés" en majorité dans le
Midi ("clergé constitutionnel"),
- les non-jureurs en majorité dans le Nord et
l’Ouest ("clergé réfractaire") qui se virent interdire toute fonction publique
dans les paroisses et dans les établissements scolaires (dès 1792, il y aura
vingt-cinq mille prêtres émigrés ; le refus du Serment est massif dans le
Valenciennois (96 %).
En revanche, l’intégration du clergé
institutionnel jurant fidélité est incontestable (notre illustration). Les
prêtres disent la messe avec l’écharpe tricolore, mêlant les sermons aux
principes révolutionnaires, "renouant avec l’esprit premier de l’Évangile". Pour
trente mille curés et vicaires, le compromis avec le gouvernement l’emporte.
S’il perd ses privilèges, le clergé
constitutionnel s’intègre à la nation dirigeante et conserve l’essentiel de son
pouvoir sur les consciences, malgré la tendance à la laïcisation.
Quant aux Congrégations religieuses enseignantes,
leur abolition et la fermeture de leurs couvents entraîne en 1792 la disparition
des nombreuses écoles tenues par l’Église.
Mais après Thermidor an III (août 1795), alors
que l’école publique végète faute de moyens financiers et humains, alors que le
rêve égalitaire s’est éteint, va se développer un vaste réseau d’écoles privées
soutenu par un clergé nostalgique de la monarchie, soucieux de reprendre en main
l’instruction, la population restant par ailleurs fidèle aux modèles éducatifs
de l’Ancien Régime.
Cahier
d’Histoire, page 11 |
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Un grand projet scolaire à Valenciennes en
1795...
...qui n’aboutit pas
Archives municipales de Valenciennes
Séries 3K.1, 1D.15, R2.9, An III et IV
Une délibération du Conseil municipal datée du 8
juin 1795 fait "le choix de vingt maisons pour les instituteurs et les
institutrices" ; il s’agit d’ouvrir vingt classes (dix pour les garçons et dix
pour les filles), selon la norme nationale d’une classe pour mille habitants,
dans des bâtiments ecclésiastiques confisqués au titre des Biens nationaux et
répartis dans les quatre sections de la ville :
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Pour la section des Sans-culottes (ou Fraternité) |
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1 |
École des Ursulines
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2 classes |
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2 |
Parloir des Brigittines
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2 classes |
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3 |
Maison du curé de Notre-Dame de la
Chaussée |
1 classe |
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̱▪
Pour la section Brutus |
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4 |
Entrée et salle de la maison de
Beaumont |
2 classes |
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5 |
Maison des Carmélites |
2 classes |
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6 |
Chartreux |
1 classe |
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̱▪
Pour la section Lberté |
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7 |
Maison du curé de
Saint-Jacques |
1 classe |
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9 |
Filles de Saint-François de Salle |
2 classes |
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9 |
Aux Carmes |
2 classes |
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̱▪
Pour la section Egalité |
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10 |
École des Sémeriennes |
2 classes |
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11 |
Chapelle des Badariennes |
1 classe |
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12 |
Maison du curé de Notre-Dame
|
1 classe |
|
13 |
Maison de la mère Syndic des
Récollets |
1 classe |
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Soit au total 5 classes (uniques tous niveaux
confondus de 60 à 80 élèves) pour chacun des secteurs de la ville, avec salle de
classe, cour, petit jardin et logement de l’instituteur.
Les dépenses d’aménagement de ces locaux,
estimées à 87 188 francs par l’architecte municipal qui a réalisé plans et
devis, ne pouvant être prises en charge, "l’exécution de ces établissements est
suspendue"... On n’en parlera plus ! |
Cahier
d’Histoire, page 44
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Prix remportés par les élèves
des différentes
écoles...
9 germinal
An IV
Philippe Marchand, Le Nord en révolution,
Lille, Conseil général du Nord, 1989
parag.
XV, L’enseignement
Cette affiche datée du 29 mars 1796 établit
l’état des différents établissements publics d’enseignement gérés par la ville :
·
Dans l’aile gauche du collège
fermé depuis le 28 août 1793
- 2 classes de dessin (peinture/sculpture
- 1 classe d’algèbre
- 2 classes d’arithmétique, toutes
gratuites.
·
Sept
classes primaires tenues par des instituteurs (curieusement, l’affiche ne
mentionne aucune
institutrice alors que les registres attestent de la présence en ville d’au
moins deux maîtresses d’école.
Un "jury d’instruction" est constitué cette même
année à Valenciennes "pour l’examen des citoyens qui se présenteront pour être
instituteurs des écoles primaires", jury chargé de la nomination des maîtres, de
la délivrance des diplômes, chargé également de recevoir le "serment" de
fidélité à la République exigé par la loi.
La quarantaine de noms nouveaux (dont vingt-huit
femmes) apparaissant dans les listes des prestations de serment à Valenciennes
participe sans doute au mouvement ayant vu le développement d’un réseau
important d’écoles privées (dites "particulières") en ville dans les dernières
années du XVIIIe siècle. Enfin en ce qui concerne l’enseignement
secondaire, une maison "particulière" est ouverte le 22 septembre 1797 dans
l’ancien Collège municipal (actuelle rue Ferrand), maison d’éducation secondaire
privée payante.
Cahier
d’Histoire, page 52 |
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