La petite école - 1500
          Bois polychrome

Amicale des Retraités de l'Education Nationale du Valenciennois

Mise à jour23-04-2010



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Chapitre 06

Textes de J. Halliez


"Citoyens, citoyennes" et leurs enfants

La Révolution française racontée aux enfants
Alain Decaux, Éd. Perrin, 1988

 

... confiants en la jeune République qui suggère de constituer l’enseignement primaire en service public et expose pour la première fois la conception d’une instruction gratuite, laïque et obligatoire, conception qui devait cheminer tout au long du XIXe siècle pour aboutir aux lois Ferry des années 1880.
C’est un travail continu, méthodique auquel se livrent en six années (1789-1795) les Assemblées révolutionnaires n’ayant pas mis sur pied moins de vingt-cinq projets "essentiels" d’instruction publique dans lesquels l’enthousiasme s’y associe presque toujours à l’esprit pratique, ces efforts de "création continue", de la Constituante au Directoire, démentent tout à fait l’expression de "vandalisme révolutionnaire" sous laquelle des adversaires ont prétendu les accabler.
C’est la Convention qui va introduire dans la législaton scolaire le terme d’"école primaire" décrétant le 12 décembre 1792 que "... les écoles primaires forment le premier degré d’instruction... les personnes chargées de l’enseignement dans ces écoles s’appelleront instituteurs."
Par la suite la législation scolaire va s’avérer plus timide d’autant que la République ne dispose pas des moyens de sa politique (pénurie de maîtres, manque de crédits et de locaux).
Fin 1795, les rêves égalitaires sont éteints et par la loi Daunou, la République renonce à l’obligation scolaire et à la gratuité ; supprimée également la rétribution, par l’État, des instituteurs. 

Cahier d’Histoire, illustration de couverture

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Caricature révolutionnaire représentant l’Église enseignante... vers 1793

Rouen, Musée national de l’Éducation, INRP

 

Caricature accompagnée d’une légende intitulée L’instituteur des aristocrates expliquant comment Belphégor, en soutane d’ecclésiastique, aux oreilles difformes et aux cornes sataniques (pour mieux le ridiculiser et le déconsidérer), est venu sur terre pour instruire les hommes.

Recteur de l’Université chassé de Paris, retiré à Aristocratopolis, on lui confie alors l’éducation de deux gentilhommes, l’un se destinant au métier des armes militaires, l’autre à l’état ecclésiastique (prêtre) ; après avoir inculqué au premier les principes de la cruauté, au second ceux de la perfidie et de la fourberie – profitant bien de ses "sages" leçons et faisant honneur à leur maître - , il retourne "alors prendre possession de son trône vacant par la mort de Belzébuth son prédécesseur".

Ce petit récit présente ainsi une vision partiale de l’éducation par l’Église enseignante des élites sous l’Ancien Régime, formant des êtres vicieux, cruels et méchants... seule une éducation nouvelle peut donc régénérer la nation.

Cahier d’Histoire, page 0

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La déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen

Alexis Léaud et Emile Glay, L’école primaire en France,
Paris, Éd. La Cité française, 1934

 

Après l’écroulement de l’Ancien Régime, il fallait reconstruire l’État et la société ; pour servir de base à l’ordre nouveau, l’Assemblée constituante vote le 26 août 1789 cette Déclaration proclamant les principes sur lesquels il se fondera :
"Les représentants du peuple français, constitués en Assemblée nationale considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruptionçe des gouvernements, ont résolu d’exposer, dans une déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l’homme..."
Ses différents articles sont autant de formules dont le caractère absolu et universel valut à la Déclaration des droits de l’homme de devenir le programme commun aux démocrates libéraux de toute nationalité.
Le texte présenté ici est celui de 1793 (aquatinte en couleurs, gravure de Machy) comportant trente-cinq articles, l’article XXI étant ainsi libellé :
"L’instruction est le besoin de tous. La société doit favoriser de tout son pouvoir les progrès de la raison publique, et mettre l’instruction à la portée de tous les citoyens."

 Cahier d’Histoire, page 1

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"Institutrice républicaine"...
... vers 1795

De Vinck, estampe, Paris, BNF, tome 25, n° 4206

 

L’école qu’avaient imaginée les hommes de la Révolution devait porter un visage jeune et souriant, beau comme celui de la Liberté elle-même.

Maternelle et fraternelle à la fois, elle devait répandre la connaissance des "droits de l’homme" - dont cette jeune institutrice fait lire ici, à son élève, la "déclaration" - et préparer les citoyens à construire la société égalitaire nouvelle.

Si on se réfère aux projets d’instruction publique évoqués plus haut, on y trouve bien sûr l’idée que les femmes doivent avoir leur place dans le système éducatif général.

Par ailleurs, la scolarisation des filles figure bien dans les différentes mesures législatives arrêtées par les assemblées révolutionnaires ; mais dans l’un et l’autre cas, il n’est question que de leur présence dans les écoles primaires. Si les filles doivent comme les garçons apprendre à lire/écrire/compter, connaître les éléments de la morale républicaine, elles seront surtout formées aux travaux manuels : c’est le principe du partage traditionnel des tâches sociales qui perdure. 

Cahier d’Histoire, page 0

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Alphabet républicain...
An II (1793-1794)

J.B. Chemin-Desportes
Paris, BNF

Les techniques didactiques d’apprentissage de la lecture et de l’écriture héritées de l’Ancien Régime témoignent d’une remarquable continuité ; en revanche le contenu des manuels scolaires que la Convention décide de faire rédiger et diffuser dans tout le pays est conforme à l’esprit nouveau.

Ainsi dans cet Alphabet républicain, la lecture est un précieux auxiliaire politique : l’élève découvre les grands idéaux révolutionnaires et les grands hommes de la Révolution associés aux éléments de la vie quotidienne.

Immédiatement après avoir appris l’alphabet ("A a assemblée nationale"...), il épelle "Liberté, Egalité, Constitution, Bastille, Roi...".

Quand il sait lire, il découvre dans son livre une chanson guerrière La Marseillaise, et plus loin La chanson des Sans-culottes rappelant les grandes journées révolutionnaires et magnifiant le rôle joué par le peuple.

 

 


 

Cahier d’Histoire, page 0

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"Prêtre patriote prêtant de bonne foi le serment civique"

Serge Bianchi, La révolution culturelle de l’An II,
Paris, Éd. Aubier, 1982

 

Dans son travail de reconstitution sociale, le nouveau régime provoque un schisme dans l’Église de France, votant le 12 juillet 1790 La constitution civile du clergé qui réduit considérablement l’autorité du Pape.
Le 27 novembre 1790, nouveau décret : tous les ecclésiastiques en fonction sont tenus de prêter sans délai le "serment civique de fidélité à la Nation, à la loi et au Roi".
Près de la moitié des curés s’y refusent ; il y eut ainsi deux clergés :
 - les jureurs ("assermentés" en majorité dans le Midi ("clergé constitutionnel"),
 - les non-jureurs en majorité dans le Nord et l’Ouest ("clergé réfractaire") qui se virent interdire toute fonction publique dans les paroisses et dans les établissements scolaires (dès 1792, il y aura vingt-cinq mille prêtres émigrés ; le refus du Serment est massif dans le Valenciennois (96 %).
En revanche, l’intégration du clergé institutionnel jurant fidélité est incontestable (notre illustration). Les prêtres disent la messe avec l’écharpe tricolore, mêlant les sermons aux principes révolutionnaires, "renouant avec l’esprit premier de l’Évangile". Pour trente mille curés et vicaires, le compromis avec le gouvernement l’emporte.
S’il perd ses privilèges, le clergé constitutionnel s’intègre à la nation dirigeante et conserve l’essentiel de son pouvoir sur les consciences, malgré la tendance à la laïcisation.
Quant aux Congrégations religieuses enseignantes, leur abolition et la fermeture de leurs couvents entraîne en 1792 la disparition des nombreuses écoles tenues par l’Église.
Mais après Thermidor an III (août 1795), alors que l’école publique végète faute de moyens financiers et humains, alors que le rêve égalitaire s’est éteint, va se développer un vaste réseau d’écoles privées soutenu par un clergé nostalgique de la monarchie, soucieux de reprendre en main l’instruction, la population restant par ailleurs fidèle aux modèles éducatifs de l’Ancien Régime.

Cahier d’Histoire, page 11

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Un grand projet scolaire à Valenciennes en 1795...
...qui n’aboutit pas

 Archives municipales de Valenciennes
Séries 3K.1, 1D.15, R2.9, An III et IV

Une délibération du Conseil municipal datée du 8 juin 1795 fait "le choix de vingt maisons pour les instituteurs et les institutrices" ; il s’agit d’ouvrir vingt classes (dix pour les garçons et dix pour les filles), selon la norme nationale d’une classe pour mille habitants, dans des bâtiments ecclésiastiques confisqués au titre des Biens nationaux et répartis dans les quatre sections de la ville :

  Pour la section des Sans-culottes (ou Fraternité)  
1 École des Ursulines   2 classes
2 Parloir des Brigittines    2 classes
3 Maison du curé de Notre-Dame de la Chaussée     1 classe
̱  Pour la section Brutus  
4 Entrée et salle de la maison de Beaumont    2 classes
5 Maison des Carmélites 2 classes
6 Chartreux 1 classe
̱▪  Pour la section Lberté  
7 Maison du curé de Saint-Jacques                           1 classe
9 Filles de Saint-François de Salle 2 classes
9  Aux Carmes 2 classes
̱▪  Pour la section Egalité  
10 École des Sémeriennes 2 classes
11 Chapelle des Badariennes 1 classe
12 Maison du curé de Notre-Dame  1 classe
13 Maison de la mère Syndic des Récollets 1 classe

Soit au total 5 classes (uniques tous niveaux confondus de 60 à 80 élèves) pour chacun des secteurs de la ville, avec salle de classe, cour, petit jardin et logement de l’instituteur.
Les dépenses d’aménagement de ces locaux, estimées à 87 188 francs par l’architecte municipal qui a réalisé plans et devis, ne pouvant être prises en charge, "l’exécution de ces établissements est suspendue"...  On n’en parlera plus !

Cahier d’Histoire, page 44

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Prix remportés par les élèves
 des différentes écoles...
9 germinal An IV

Philippe Marchand, Le Nord en révolution, Lille, Conseil général du Nord, 1989
 
parag. XV, L’enseignement

 Cette affiche datée du 29 mars 1796 établit l’état des différents établissements publics d’enseignement gérés par la ville :
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        Dans l’aile gauche du collège fermé depuis le 28 août 1793
        - 2 classes de dessin (peinture/sculpture
        - 1 classe d’algèbre
        - 2 classes d’arithmétique, toutes gratuites.

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      Sept classes primaires tenues par des instituteurs (curieusement, l’affiche ne mentionne aucune institutrice alors que les registres attestent de la présence en ville d’au moins deux maîtresses d’école. 

Un "jury d’instruction" est constitué cette même année à Valenciennes "pour l’examen des citoyens qui se présenteront pour être instituteurs des écoles primaires", jury chargé de la nomination des maîtres, de la délivrance des diplômes, chargé également de recevoir le "serment" de fidélité à la République exigé par la loi.
La quarantaine de noms nouveaux (dont vingt-huit femmes) apparaissant dans les listes des prestations de serment à Valenciennes participe sans doute au mouvement ayant vu le développement d’un réseau important d’écoles privées (dites "particulières") en ville dans les dernières années du XVIIIe siècle. Enfin en ce qui concerne l’enseignement secondaire, une maison "particulière" est ouverte le 22 septembre 1797 dans l’ancien Collège municipal (actuelle rue Ferrand), maison d’éducation secondaire privée payante.

Cahier d’Histoire, page 52

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