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Chapitre 05
Textes de J. Halliez
Louis XIV au siège de
Valenciennes, prise le 17 Mars 1677
Van der Meulen Adams-Frans
(Bruxelles 1632 - Paris 1690), et son atelier.
Huile sur toile, 2,27m x 3,36m, Valenciennes, Musée des
Beaux-Arts
Quelques points de repère (XVIIe siècle)...
À la mort
de Philippe II, roi d’Espagne, Isabelle sa fille et Albert d’Autriche, héritiers
des Pays-Bas espagnols, font leur "entrée joyeuse" à Valenciennes prêtant
serment de respecter et garantir les privilèges de la Cité ; ainsi ce 19 février
1600 commence, pour quelques décennies, une ère de prospérité sereine.
Valenciennes vit donc à l’heure espagnole quand Louis XIV, roi de France, épouse
en 1660 Marie-Thérèse, fille aînée de Philippe IV pouvant prétendre au trône
d’Espagne.
À la mort
de Philippe IV (1665), la dot de 500 000 écus d’or n’ayant été versée, Louis XIV
dispute la partie méridionale des Pays-Bas espagnols à son beau-frère Charles II...
d’où le siège de Valenciennes de 1677.- 1678 :
Valenciennes est rattachée définitivement à la France (traité de Nimègue).
Louis XIV, la quarantaine superbe et majestueuse, range ici ses
troupes en bataille pour l’attaque du chemin couvert (remarquer les colonnes
d’assaut dans les tranchées et parallèles). On notera :
- à
l’extrême gauche, la Porte de Tournai,
- au
centre, Notre-Dame-la-Grande,
- entre
Notre-Dame et le roi, l’ouvrage couronné de la Citadelle.
À la tête de son armée menée par Louvois, Louis XIV, venu investir
Valenciennes, s’en est emparé presque sans coup férir, en moins d’une heure,
décidant de lui épargner le pillage, estimant suffisant le dommage causé par un
bombardement qu’on jugeait sévère... "La bonne maison des Jésuites n’a pas moins
de trois cents boulets".
Cahier
d'Histoire, p. 01 |
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Représentation Théâtrale
donnée par les élèves du
Collège des Jésuites
de Valenciennes à l’occasion de la distribution
des prix du 31 août 1761
Mme Dion, L’art du théâtre à Valenciennes,
Éd. de la Bibliothèque municipale
de Valenciennes, 1989
Durant la première moitié du XVIIIe siècle, le théâtre
est partie intégrante du projet pédagogique du Collège Sainte-Croix : il
fortifie la mémoire, assouplit la voix, arrondit le geste, donne l’assurance et
habitue les élèves à soutenir le regard d’une assemblée nombreuse, participant à
l’enseignement moral en décrivant les vertus du héros bienfaisant.
Il s’agit ici d’une tragédie
"Le fils généreux" écrite par un
professeur, type même de la tragédie du XVIIIe siècle : trois actes,
pas de femmes, un sujet exaltant l’amour familial.
La pièce est
complétée d’un ballet reprenant le même thème et suivie, après l’entracte, d’une
comédie Le zélé partisan des modes, typique elle ausi, dénonçant les
travers de la jeunesse contemporaine et les ridicules de la mode parisienne ;
l’ensemble se prête bien aux enseignements moraux.
Au collège, l’émulation paraît indispensable, notation continue et
"récompenses" mensuelles, trimestrielles, annuelles, stimulant les efforts.
L’assistance nombreuse des parents aux
fastueuses distributions de prix agrémentées d’exercices publics (ballets,
plaidoyers...) démontre l’adhésion des familles à cette pédagogie.
Cahier
d’Histoire, page 33
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L'anéantissement de la
Société des Jésuites de France
Arrest du Parlement du 6 août 1762
Tenu depuis son ouverture par les Jésuites, les effectifs du
Collège d’Humanités de Valenciennes ont connu une marche ascendante : 157 élèves
en 1591, 291 en 1641...
Il a vu
toutefois, vers le milieu du XVIIIe siècle, son statut radicalement
modifié du fait de "l’anéantissement de la Société des Jésuites", sous Louis XV,
par décision du Parlement du 6 août 1762 (reproduite ici), défendant
l’indépendance politique du Roi contre les prétentions de Rome.
À Valenciennes, l’Édit de bannissement sera signifié aux
"Pères Jésuites érudits" dispensant les cours jusqu’au 1er avril
1765, la Municipalité recrutant, en remplacement, un nouveau corps professoral.
Les
effectifs continuent leur progression : 339 élèves en 1681... pour atteindre les
400 à la veille de la Révolution ; le personnel comprend alors un principal, un
sous-principal, un professeur de rhétorique et cinq régents de la 6e
à la 2de, tous prêtres séculiers à l’exception d’un régent laïc -M.
Grenet, marié, qui y enseigne la 3e.
Cahier
d’Histoire, page 36
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Vue d'une Ecole de dessin
B.L. Prévost d’après CN Cochin,
gravure à l’eau forte et au burin
1763, Valenciennes, Bibliothèque municipale
Une école de dessin est établie à Valenciennes en décembre 1782,
destinée à initier de jeunes élèves au dessin dans le cadre d’une "Académie de
peinture et sculpture", école gratuite tenue par des laïcs et gérée par le
Bureau municipal.
Logée dans
les locaux du Collège (aile gauche,1er étage), avec accès direct rue
du Pont de Bois, (actuelle rue Ferrand) par la petite porte de gauche en façade
(cf illustration n°2), l’école connaît d’emblée un succès certain : 120
élèves en hiver, 80 en été sans que l’élitisme y soit de rigueur (nombreux fils
de commerçants, artisans et ouvriers).
On retrouve dans cette composition, par un effet de raccourci, les
différentes classes que doivent fréquenter les élèves avant de parvenir à la
parfaite imitation de la nature, ainsi que le matériel et le mobilier décrits
dans l’inventaire des "salles académiques" valenciennoises.
- à gauche
au 1er plan... assis sur des bancs, le porte feuilles posé sur les
genoux, de jeunes élèves de la classe élémentaire copient des dessins.
- au centre
et au second plan... un groupe d’élèves dessine d’après une moulure en plâtre
(la bosse) posée sur un trépied (la selle) ; une lampe suspendue
accentue les jeux d’ombre et de lumière.
- à
droite... des élèves plus avancés dessinent d’après nature un modèle installé
sur une table à socle mobile.
- à l’extrême droite, un élève
sculpteur façonne en terre molle à la main et à l’ébauchoir.
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Du début à la fin du cursus, c’est toujours le corps humain, l’Académie,
que l’élève doit étudier.
Cahier d’Histoire, page 37
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"L'Hôpital général" inauguré
en 1767
accueille les "enfants exposés et abandonnés"
André Gauvin,
Petite histoire des rues de Valenciennes, 1974
L’Hôpital général dit aujourd’hui du Hainaut, dont la
création fut décidée par lettres patentes du roi Louis XV de mars 1751 pour
accueillir diverses catégories de déshérités de toute la province du Hainaut ne
devait être inauguré qu’en 1767, les frais de construction étant couverts par un
impôt de deux patars au pot de bière consommé dans la province.
Ses robustes
bâtiments dont la chapelle, beaux témoins del’architecture civile du XVIIIe
siècle ont défié le temps et sont classés Monuments historiques.
On y accueillait à l’ouverture, outre "les enfants exposés et
abandonnés", deux cents autres issus de familles "très pauvres hors d’état de
les nourrir" ; ces derniers ne pouvant "être reçus avant l’âge de trois ans
accomplis, ni après celui de huit accomplis". Ces enfants "des deux sexes" y
étaient reçus "tant pour leur éducation, nourriture, entretien que pour les y
faire travailler".
Cahier
d’Histoire, page 44
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La dure réalité des "petites écoles"
rurales d’Ancien Régime
"Maître d’école et classe au XVIIIe siècle"
De Boissieu, Eau forte, 1780, Rouen, MNE
Une étude relative à l’enseignement primaire avant 1789 dans les
communes qui ont formé le département du Nord nous confirme qu’à
Valenciennes-ville, "l’enseignement paraît avoir été assez répandu" ; en
revanche, la densité du tissu scolaire ne laisse apparaître, dans le secteur
valenciennois rural, des indices de présence de structures d’enseignement que
dans la moitié des communes.
Ainsi, des
82 communes de l’actuel arrondissement de Valenciennes, une quarantaine
seulement auraient été pourvues d’école à l’époque !
L’eau forte de De Boissieu présentée ici et datée de 1780 nous
montre les déplorables conditions d’enseignement au XVIIIe siècle en
milieu rural :
- dans une
pièce nue, éclairée par deux grandes fenêtres, le maître, assis, interroge un
grand garçon, tandis qu’un plus jeune lit sur un tabouret près de lui,
- dans le fond, une grande table avec des bancs où huit élèves lisent et
écrivent, trois élèves restent debout,
- un chien
présent au milieu de la salle de classe.
Des locaux
insalubres et mornes, un maître âgé sévère et triste... font aux écoliers des
campagnes une vie peu enviable.
Cahier
d’Histoire, page 19
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Le maître d’école... et la méthode
individuelle d’enseignement
De Boissieu, Eau forte, 26,7x19 cm,
1770, Rouen, MNE
Le maître, appelé aussi régent ou magister, est ici assis de
face ; un jeune garçon debout tenant un livre ouvert fait la lecture.
Devant eux,
une table avec un livre fermé et un encrier d’où sort une plume :
l’apprentissage de l’écriture est ainsi suggéré.
Si les
mandements épiscopaux ordonnent qu’on apprenne à lire dans le catéchisme du
diocèse, l’écriture consiste surtout à écrire son nom et son prénom ou à
recopier quelques modèles tracés par le maître, le catéchisme, aspect essentiel
de l’enseignement, occupant la majeure partie du temps scolaire.
Le maître enseigne les élèves chacun leur tour, méthode peu
efficace dans le court laps de temps de leur scolarité (4 à 6 mois dans l’année
pendant 4 ou 5 ans.
Au cours
d’une journée de classe (5 heures en moyenne), s’il ne prend aucun repos, s’il
n’est pas dérangé par le curé, s’il ne fait pas cuire son pain, s’il commence sa
classe à l’heure, le magister peut tout au plus consacrer 10 mn par élève s’il
en reçoit 30 et 6 mn environ avec 50 élèves ; c’est bien peu !
La méthode
individuelle due à l’hétérogénéité des élèves, au manque de livres... avait
aussi le grave inconvénient d’être répétitive à l’extrême et lassait maître et
élèves.
Cahier
d’Histoire, page 20
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La férule à l’École des garçons vers 1750
J. Bachely, Gravure, Petits cahiers d’images pour les enfants,
d’après
Gravelot.
Paris. Éd. Chereau, BNF
La méthode d’enseignement individuelle étant génératrice "de cohue
et de chahut", de nombreux clercs soucieux d’efficacité se faisaient obéïr
manu militari et, bien que les châtiments corporels soient bannis en
théorie, la férule restait le symbole de l’ordre scolaire.
"Instrument [fait] de deux morceaux de cuir cousus
ensemble, longue de 10 à 12 pouces", la férule sert à frapper la paume de
la main –comme le montre cette gravure– en réponse immédiate à une erreur ou à
une faute. On remarquera ici que le maître frappe la main gauche de ce
malheureux écolier pour ne pas endommager la droite, celle avec laquelle on
écrit.
Cahier
d’Histoire, page 27
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La maîtresse d’école vers 1770
Le Prince, Gravure sur cuivre, d’après Boucher,
25,7x20,3 cm, vers 1770, Rouen, MNE
Outre la férule, le martinet (manche en bois avec lanières de
cuir) est utilisé dans nombre de classes pour donner la fessée...
Ici, une jeune maîtresse donne la fessée à un petit enfant avec
des branchettes (verges).
Cahier
d’Histoire, page 26
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"Le Cahier des remontrances, demandes,
plaintes et doléances
des habitants de
la commune de Valenciennes" (1789)
Valenciennes, Archives municipales
Le 7 avril 1789, l’Assemblée Générale des habitants de la Ville
réunie en l’église Saint-Géry (emplacement de l’actuelle place Froissart), nomme
la Commission de 17 membres préposée à la rédaction du Cahier de doléances au
nom des Trois Ordres réunis, rédaction réalisée quelques jours plus tard (13
avril). Dans le même temps intervient l’élection des deux députés recevant
mandat de défendre, dans l’ordre du Tiers-État, le Cahier valenciennois aux
États Généraux qui ouvriront à Versailles le 5 mai 1789 (MM. Nicodème et
Perdrix).
Le contenu du Cahier, les vœux exprimés forment un programme
modéré de réformes ; pas de revendications révolutionnaires mais un ensemble
nettement réformateur et de ferme tonalité libérale. Une seule ligne de ce
Cahier de 37 pages concerne l’Enseignement (1ère partie-3e
section, De l’Enseignement, p.16 : Article XXXV) :
"Qu’il soit avisé aux moyens de perfectionner le plan d’éducation."
On ne peut
être plus bref... brièveté pouvant exprimer l’attention relative des Bourgeois
valenciennois au domaine éducatif, le système d’enseignement mis en place
localement semblant les satisfaire.
Il faut dire
qu’ici, le comptage des signatures relevées sur le registre des mariages pour
l’année 1789, situe notre ville à un niveau particulièrement élevé
d’alphabétisation (70,12 % pour les conjoints / 57,14 % pour les conjointes),
confirmant le niveau certain de scolarisation de la population.
L’allusion au perfectionnement du"plan d’éducation" pourrait ainsi
constituer un appel d’ordre général à l’État monarchique dont le désintérêt pour
l’instruction publique est manifeste.
Cahier
d’Histoire, page 54
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