Ancien collège Ste Croix des Jésuites.
 Bibliothèque médiathèque, rue Ferrand.

Amicale des Retraités de l'Education Nationale du Valenciennois

Mise à jour28-03-2010



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Chapitre 05

Textes de J. Halliez


Louis XIV au siège de Valenciennes, prise le 17 Mars 1677

Van der Meulen Adams-Frans
(Bruxelles 1632 - Paris 1690), et son atelier.
Huile sur toile, 2,27m x 3,36m, Valenciennes, Musée des Beaux-Arts
            

Quelques points de repère (XVIIe siècle)...

À la mort de Philippe II, roi d’Espagne, Isabelle sa fille et Albert d’Autriche, héritiers des Pays-Bas espagnols, font leur "entrée joyeuse" à Valenciennes prêtant serment de respecter et garantir les privilèges de la Cité ; ainsi ce 19 février 1600 commence, pour quelques décennies, une ère de prospérité sereine.
Valenciennes vit donc à l’heure espagnole quand Louis XIV, roi de France, épouse en 1660 Marie-Thérèse, fille aînée de Philippe IV pouvant prétendre au trône d’Espagne.
À la mort de Philippe IV (1665), la dot de 500 000 écus d’or n’ayant été versée, Louis XIV dispute la partie méridionale des Pays-Bas espagnols à son beau-frère Charles II... d’où le siège de Valenciennes de 1677.- 1678 : Valenciennes est rattachée définitivement à la France (traité de Nimègue).
Louis XIV, la quarantaine superbe et majestueuse, range ici ses troupes en bataille pour l’attaque du chemin couvert (remarquer les colonnes d’assaut dans les tranchées et parallèles). On notera :
    - à l’extrême gauche, la Porte de Tournai,
    - au centre, Notre-Dame-la-Grande,
    - entre Notre-Dame et le roi, l’ouvrage couronné de la Citadelle.
 À la tête de son armée menée par Louvois, Louis XIV, venu investir Valenciennes, s’en est emparé presque sans coup férir, en moins d’une heure, décidant de lui épargner le pillage, estimant suffisant le dommage causé par un bombardement qu’on jugeait sévère... "La bonne maison des Jésuites n’a pas moins de trois cents boulets".

Cahier d'Histoire, p. 01

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L'ancien Collège de
Sainte-Croix des Jésuites

Façade de l'actuelle Bibliothèque-Médiathèque
municipale de la rue Ferrand

Photographie A.Farin ( 2007)

... Le bombardement du siège a en effet anéanti le Collège fondé en 1598 par les Jésuites et dédié en 1644 par le magistrat municipal "à Dieu, à la société de Jésus et aux Arts libéraux". Avant même de faire en 1689 sa "joyeuse entrée" en ville, le monarque avait voulu que soit relevé de ses ruines le Collège Sainte-Croix dont il finança en partie la reconstruction de 1735 à 1765.
C’est ce beau bâtiment dont l’entière splendeur date de cette époque qui nous est ici présenté avec façade remaniée en 1784 : 13 grandes fenêtres de style Régence, 10 œils de bœuf encadrés de guirlandes style Louis XVI et 3 portes cochères dont l’une porte la date de 1785.
Au premier étage, l’ancienne salle de lecture a conservé le mobilier mural et la décoration du XVIIIe siècle ; à son extrémité intérieure droite, une porte donnait accès à la tribune de la Chapelle (actuel Auditorium Saint-Nicolas) ; le rez-de-chaussée, ancien parloir restauré en 1978, est occupé de nos jours par le service des Archives municipales (salle du Patrimoine).
La cour d’honneur de l’actuelle Bibliothèque Médiathèque est couverte depuis les travaux d’aménagement des années 1990 ; le mur intérieur sur cour est caractéristique des constructions du début du XVIIe siècle : appareillage brique et pierre blanche, soubassement en grès, fenêtres à meneaux en pierre.

Cahier d'Histoire, couverture et page 30 
 

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Représentation Théâtrale
donnée par les élèves du Collège des Jésuites
de Valenciennes à l’occasion de la distribution
des prix du 31 août 1761

Mme Dion, L’art du théâtre à Valenciennes,
Éd. de la Bibliothèque municipale
de Valenciennes, 1989
 

Durant la première moitié du XVIIIe siècle, le théâtre est partie intégrante du projet pédagogique du Collège Sainte-Croix : il fortifie la mémoire, assouplit la voix, arrondit le geste, donne l’assurance et habitue les élèves à soutenir le regard d’une assemblée nombreuse, participant à l’enseignement moral en décrivant les vertus du héros bienfaisant.
 Il s’agit ici d’une tragédie "Le fils généreux" écrite par un professeur, type même de la tragédie du XVIIIe siècle : trois actes, pas de femmes, un sujet exaltant l’amour familial.
La pièce est complétée d’un ballet reprenant le même thème et suivie, après l’entracte, d’une comédie Le zélé partisan des modes, typique elle ausi, dénonçant les travers de la jeunesse contemporaine et les ridicules de la mode parisienne ; l’ensemble se prête bien aux enseignements moraux.
 

 Au collège, l’émulation paraît indispensable, notation continue et "récompenses" mensuelles, trimestrielles, annuelles, stimulant les efforts.

 L’assistance nombreuse des parents aux fastueuses distributions de prix agrémentées d’exercices publics (ballets, plaidoyers...) démontre l’adhésion des familles à cette pédagogie.

Cahier d’Histoire, page 33

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L'anéantissement de la
Société des Jésuites de France

Arrest du Parlement du 6 août 1762

 

Tenu depuis son ouverture par les Jésuites, les effectifs du Collège d’Humanités de Valenciennes ont connu une marche ascendante : 157 élèves en 1591, 291 en 1641...

Il a vu toutefois, vers le milieu du XVIIIe siècle, son statut radicalement modifié du fait de "l’anéantissement de la Société des Jésuites", sous Louis XV, par décision du Parlement du 6 août 1762 (reproduite ici), défendant l’indépendance politique du Roi contre les prétentions de Rome.

 À Valenciennes, l’Édit de bannissement sera signifié aux "Pères Jésuites érudits" dispensant les cours jusqu’au 1er avril 1765, la Municipalité recrutant, en remplacement, un nouveau corps professoral.

Les effectifs continuent leur progression : 339 élèves en 1681... pour atteindre les 400 à la veille de la Révolution ; le personnel comprend alors un principal, un sous-principal, un professeur de rhétorique et cinq régents de la 6e à la 2de, tous prêtres séculiers à l’exception d’un régent laïc -M. Grenet, marié, qui y enseigne la 3e.

 

 

Cahier d’Histoire, page 36

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Vue d'une Ecole de dessin

B.L. Prévost d’après CN Cochin,
gravure à l’eau forte et au burin
1763, Valenciennes, Bibliothèque municipale

Une école de dessin est établie à Valenciennes en décembre 1782, destinée à initier de jeunes élèves au dessin dans le cadre d’une "Académie de peinture et sculpture", école gratuite tenue par des laïcs et gérée par le Bureau municipal.

Logée dans les locaux du Collège (aile gauche,1er étage), avec accès direct rue du Pont de Bois, (actuelle rue Ferrand) par la petite porte de gauche en façade (cf illustration n°2), l’école connaît d’emblée un succès certain : 120 élèves en hiver, 80 en été sans que l’élitisme y soit de rigueur (nombreux fils de commerçants, artisans et ouvriers).

On retrouve dans cette composition, par un effet de raccourci, les différentes classes que doivent fréquenter les élèves avant de parvenir à la parfaite imitation de la nature, ainsi que le matériel et le mobilier décrits dans l’inventaire des "salles académiques" valenciennoises.

  - à gauche au 1er plan... assis sur des bancs, le porte feuilles posé sur les genoux, de jeunes élèves de la classe élémentaire  copient des dessins.
 - au centre et au second plan... un groupe d’élèves dessine d’après une moulure en plâtre (la bosse) posée sur un trépied (la selle) ; une lampe suspendue accentue les jeux d’ombre et de lumière.
 - à droite... des élèves plus avancés dessinent d’après nature un modèle installé sur une table à socle mobile.

 
- à l’extrême droite, un élève sculpteur façonne en terre molle à la main et à l’ébauchoir.

·        Du début à la fin du cursus, c’est toujours le corps humain, l’Académie, que l’élève doit étudier.

 

 

Cahier d’Histoire, page 37

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"L'Hôpital général" inauguré en 1767

accueille les "enfants exposés et abandonnés"

André Gauvin,
Petite histoire des rues de Valencienne
s, 1974

L’Hôpital général dit aujourd’hui du Hainaut, dont la création fut décidée par lettres patentes du roi Louis XV de  mars 1751 pour accueillir diverses catégories de déshérités de toute la province du Hainaut ne devait être inauguré qu’en 1767, les frais de construction étant couverts par un impôt de deux patars au pot de bière consommé dans la province.
Ses robustes bâtiments dont la chapelle, beaux témoins del’architecture civile du XVIIIe siècle ont défié le temps et sont classés Monuments historiques.
On y accueillait à l’ouverture, outre "les enfants exposés et abandonnés", deux cents autres issus de familles "très pauvres hors d’état de les nourrir" ; ces derniers ne pouvant "être reçus avant l’âge de trois ans accomplis, ni après celui de huit accomplis". Ces enfants "des deux sexes" y étaient reçus "tant pour leur éducation, nourriture, entretien que pour les y faire travailler".

Cahier d’Histoire, page 44

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La dure réalité des "petites écoles"
rurales d’Ancien Régime
 

"Maître d’école et classe au XVIIIe siècle"
De Boissieu, Eau forte, 1780, Rouen, MNE

Une étude relative à l’enseignement primaire avant 1789 dans les communes qui ont formé le département du Nord nous confirme qu’à Valenciennes-ville, "l’enseignement paraît avoir été assez répandu" ; en revanche, la densité du tissu scolaire ne laisse apparaître, dans le secteur valenciennois rural, des indices de présence de structures d’enseignement que dans la moitié des communes.
Ainsi, des 82 communes de l’actuel arrondissement de Valenciennes, une quarantaine seulement auraient été pourvues d’école à l’époque !

L’eau forte de De Boissieu présentée ici et datée de 1780 nous montre les déplorables conditions d’enseignement au XVIIIe siècle en milieu rural :
 - dans une pièce nue, éclairée par deux grandes fenêtres, le maître, assis, interroge un grand garçon, tandis qu’un plus jeune lit  sur un tabouret près de lui,
- dans le fond, une grande table avec des bancs où huit élèves lisent et écrivent, trois élèves restent debout,
- un chien présent au milieu de la salle de classe.
Des locaux insalubres et mornes, un maître âgé sévère et triste... font aux écoliers des campagnes une vie peu enviable.

Cahier d’Histoire, page 19

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Le maître d’école... et la méthode
individuelle d’enseignement

De Boissieu, Eau forte, 26,7x19 cm,
1770, Rouen, MNE

Le maître, appelé aussi régent ou magister, est ici assis de face ; un jeune garçon debout tenant un livre ouvert fait la lecture.
Devant eux, une table avec un livre fermé et un encrier d’où sort une plume : l’apprentissage de l’écriture est ainsi  suggéré.
Si les mandements épiscopaux ordonnent qu’on apprenne à lire dans le catéchisme du diocèse, l’écriture consiste surtout à écrire son nom et son prénom ou à recopier quelques modèles tracés par le maître, le catéchisme, aspect essentiel de l’enseignement, occupant la majeure partie du temps scolaire.

Le maître enseigne les élèves chacun leur tour, méthode peu efficace dans le court laps de temps de leur scolarité (4 à 6 mois dans l’année pendant 4 ou 5 ans.
Au cours d’une journée de classe (5 heures en moyenne), s’il ne prend aucun repos, s’il n’est pas dérangé par le curé, s’il ne fait pas cuire son pain, s’il commence sa classe à l’heure, le magister peut tout au plus consacrer 10 mn par élève s’il en reçoit 30 et 6 mn environ avec 50 élèves ; c’est bien peu !
La méthode individuelle due à l’hétérogénéité des élèves, au manque de livres... avait aussi le grave inconvénient d’être répétitive à l’extrême et lassait maître et élèves.


Cahier d’Histoire, page 20

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La férule à l’École des garçons vers 1750

J. Bachely, Gravure, Petits cahiers d’images pour les enfants,
d’après Gravelot. Paris. Éd. Chereau, BNF

La méthode d’enseignement individuelle étant génératrice "de cohue et de chahut", de nombreux clercs soucieux d’efficacité se faisaient obéïr manu militari et, bien que les châtiments corporels soient bannis en théorie, la férule restait le symbole de l’ordre scolaire.

"Instrument [fait] de deux morceaux de cuir cousus ensemble, longue de 10 à 12 pouces", la férule sert à frapper la paume de la main –comme le montre cette gravure– en réponse immédiate à une erreur ou à une faute. On remarquera ici que le maître frappe la main gauche de ce malheureux écolier pour ne pas endommager la droite, celle avec laquelle on écrit.


Cahier d’Histoire, page 27

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La maîtresse d’école vers 1770

Le Prince, Gravure sur cuivre, d’après Boucher,
25,7x20,3 cm, vers 1770, Rouen, MNE

 

 

 

 

 

Outre la férule, le martinet (manche en bois avec lanières de cuir) est utilisé dans nombre de classes pour donner la fessée...

Ici, une jeune maîtresse donne la fessée à un petit enfant avec des branchettes (verges).

 

 

 

 

 

 


Cahier d’Histoire, page 26

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"Le Cahier des remontrances, demandes,
plaintes et doléances des habitants de
 la commune de Valenciennes" (1789)

Valenciennes, Archives municipales

 

Le 7 avril 1789, l’Assemblée Générale des habitants de la Ville réunie en l’église Saint-Géry (emplacement de l’actuelle place Froissart), nomme la Commission de 17 membres préposée à la rédaction du Cahier de doléances au nom des Trois Ordres réunis, rédaction réalisée quelques jours plus tard (13 avril). Dans le même temps intervient l’élection des deux députés recevant mandat de défendre, dans l’ordre du Tiers-État, le Cahier valenciennois aux États Généraux qui ouvriront à Versailles le 5 mai 1789 (MM. Nicodème et Perdrix).

Le contenu du Cahier, les vœux exprimés forment un programme modéré de réformes ; pas de revendications révolutionnaires mais un ensemble nettement réformateur et de ferme tonalité libérale. Une seule ligne de ce Cahier de 37 pages concerne l’Enseignement (1ère partie-3e section, De l’Enseignement, p.16 : Article XXXV) :
 

"Qu’il soit avisé aux moyens de perfectionner le plan d’éducation."

On ne peut être plus bref... brièveté pouvant exprimer l’attention relative des Bourgeois valenciennois au domaine éducatif, le système d’enseignement mis en place localement semblant les satisfaire.
Il faut dire qu’ici, le comptage des signatures relevées sur le registre des mariages pour l’année 1789, situe notre ville à un niveau particulièrement élevé d’alphabétisation (70,12 % pour les conjoints / 57,14 % pour les conjointes), confirmant le niveau certain de scolarisation de la population.
L’allusion au perfectionnement du"plan d’éducation" pourrait ainsi constituer un appel d’ordre général à l’État monarchique dont le désintérêt pour l’instruction publique est manifeste.


Cahier d’Histoire, page 54