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L'humble réalité des petites
écoles rurales au XVIIe siècle
A. Van Ostade, Le Magister
Paris, Musée du Louvre, 1662
Souvent fils cadet d'artisan ou de paysan, le
magister est toujours de modeste origine ; le mince bagage reçu à
l'école ou auprès du curé de paroisse suffit pour être engagé par la
communauté villageoise ; muni d'un certificat de bonne vie et mœurs,
l'engagement était souvent conclu par contrat.
La méthode individuelle pratiquée en classe génère l'indiscipline
d'où un recours aux châtiments corporels pour maintenir l'ordre, première
préoccupation du maître (férule, verges, martinet).
La classe au mobilier sommaire est aussi la pièce unique et sombre du
logement du maître.
Filles (plus jeunes) et garçons sont mêlés dans la salle ainsi que grands
et petits, les groupes se formant autour d'activités plus ou moins
communes.
Désordre, négligence, hygiène déplorable, misère... se dégagent de ces
scènes scolaires... lieu commun de la peinture de l'époque, peinture
voulant magnifier l'ordre en montrant le désordre.
Cahier d'Histoire, page 45 |
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Le maistre d'escolle
Abraham
Bosse, "Le Blond..."
eau forte dessinée et gravée,
vers 1650, Rouen, MNE
Les "écoles journalières" sont vouées à la classe moyenne urbaine
en mesure de payer taxe d'écolâtrerie et salaire du maître; à
Valenciennes, elles restent dispersées en ville dans les cinq paroisses
(Notre-Dame de la Chaussée, Saint-Nicolas, Saint-Géry, Saint-Jacques ,
Saint Vaast).
Maîtres et maîtresses des écoles payantes reçoivent chez eux les enfants
d'artisans, boutiquiers, marchands... qui ont besoin de savoir lire,
écrire et compter pour exercer leur métier.
Ici, dans la grande chambre du maître dont on aperçoit l'armoire
personnelle et le lit à baldaquin dans le fond à droite, une douzaine de
garçons (plus une fillette, semble-t-il, attachée aux tâches ménagères
près du tabouret), forment une classe divisée en petits groupes aux
occupations diverses : lire, écrire, compter, discuter...
Le maître, assis sur sa chaise, âgé, portant lunettes, tient dans sa main
gauche les verges, occupé à expliquer ou à gronder dans l'interrogation
qu'il mène auprès d'un élève très respectueux ou apeuré.
Cahier d'Histoire, illustration de la
couverture de la brochure des chapitres III et IV |
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L'École flamande
Estampe du XVIIe siècle
d'après le tableau de Eisen, père
Le
principe de la nécessité de l'éducation des filles n'est guère posé avant
le XVIe siècle : l'enseignement religieux et l'esprit de
mortification en sont les bases essentielles.
L'Église interdit la mixité.. "La charge d'instruire les filles sera
confiée à des veuves d'une honnêteté éprouvée ou à des matrones qui
enseignent avec soin la manière de vivre chrétiennement et la méthode de
lecture" disait-elle en 1584. Cette attitude ne favorise guère la
scolarisation des filles qui, faute de maîtresses moralement
recommandables, ne peut que rester à l'état d'intention... jusqu'au XVIIe
siècle où le vœu devient réalité.
Ici, l'école réservée aux filles présente des modalités de fonctionnement
identiques à celles rencontrées chez le magister :
- salle de classe sombre au mobilier rudimentaire,
- groupes d'écolières (petites et grandes) dispersées dans la
salle, en pratique d'activités plus ou moins désordonnées,
- sévérité de la maîtresse assise en chaire, verges à la main,
interrogeant (ou tançant) une élève (méthode individuelle) agenouillée
humblement devant elle.
Cahier d'Histoire,
page 43 |
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Abécédaire illustré
"dédié aux vertus admirables
des Sœurs de la Charité"
Gravure
en couleurs
Rouen, Musée National de l'Éducation.
À partir du XVIIe siècle apparaissent de nombreuses
congrégations enseignantes féminines se proposant pour "fin but
principal l'instruction des petites filles... futures mères sur lesquelles
reposera en partie l'éducation chrétienne des enfants" : Visitandines,
Filles de la Sagesse, Sœurs de la Providence, Ursulines... et bien
d'autres qui illustrent au mieux cette poussée de l'alphabétisation
féminine.
Il s'agit ici des "admirables" Sœurs de la Charité; "dames"
ou "filles" de la "Charité" (les Congrégations de ce nom
sont nombreuses) s'adonnent soit aux soins aux malades, soit à
l'instruction des petites filles, soit aux deux missions à la fois.
Bien avant, introduites à Valenciennes respectivement au XIIIe
siècle et au XVe siècle, Béguines de Sainte-Élisabeth (Impasse
donnant rue Delsaux) et Sœurs Grises de Saint-François (rue Notre-Dame)
assureront une présence permanente jusqu'à la Révolution aux côtés des
quatre autres établissements scolaires féminins créés par la
Contre-Réforme catholique (Sémeriennes, 1611 – Brigittines, 1649 –
Ursulines, 1654 – Badariennes, 1662).
Cahier d'Histoire,
page 63 |
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"L'escolle de Nostre-Dame
des Anges"
Simon
Le Boucq, Histoire ecclésiastique
de la Ville et Comté de Valenciennes,
Réédition de 1844
Fondée en 1611, cette école gratuite enseignait à plus de deux cents
filles pauvres "la religion, la lecture, l'écriture, l'orthographe...
l'arithmétique, la géographie et généralement tous les ouvrages propres
au sexe" (entre autres l'art subtil de la dentelle); ainsi dès le
début du XVIIe siècle, la vocation dentellière de la Ville
apparaît, mais il ne s'agit encore que de signes avant-coureurs.
L'École Notre-Dame des Anges (dite École de la Congrégation), sise rue
Capron à l'emplacement de l'actuel Trésor public et du Groupe scolaire
Françoise Badar, conserve une partie des bâtiments occupés jusqu'à la
Révolution par les Sémeriennes dites Filles de Sainte-Agnès ou
Jésuitesses, avec façade joliment rénovée au fond de la cour du n° 20.
Cahier
d'Histoire, page 62 |
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Le Couvent des Brigittines
Simon
Le Boucq, Histoire ecclésiastique
de la Ville et Comté de Valenciennes,
Réédition de 1844
Introduites
en ville en mars 1613, les religieuses de Notre-Dame de la Charité ne
trouvent un lieu d'implantation définitif qu'en 1649 dans la rue Delsaux.
Du fait de cette installation difficile, il semble que chez les
Brigittines, mal équipées, les élèves n'y étaient reçues que par petits
groupes, surtout le dimanche.
Entre les nos 27 et 31 de l'actuelle rue Delsaux, s'ouvre donc
cette "impasse des Brigittines" dont on découvre ici le même aspect des
lieux qu'à l'ouverture du couvent au XVIIe siècle.
Cahier d'Histoire,
page 63 |
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L'École dominicale valenciennoise
pour "la masse"
Simon
Le Boucq, Histoire ecclésiastique
de la Ville et Comté de Valenciennes,
Réédition de 1844
Si
les fils de la bourgeoisie aisée fréquentent le Collège Sainte-Croix et
ceux de la classe moyenne "les petites écoles" payantes de l'écolâtrerie
Saint-Jean, les pauvres étaient délaissés : c'est à leur intention que la
Contre-Réforme catholique établit cette "École dominicale" à
Valenciennes en 1584.
Dès l'âge de 5/6 ans, de nombreux enfants pauvres sont en effet employés
le jour en ville dans les "ateliers", d'où l'impossibilité de fréquenter
les "écoles particulières", par ailleurs payantes, ouvertes en semaine.
Gratuite, ouverte le dimanche jour de repos, l'École dominicale va
accueillir ces enfants-artisans (tisserands ou autres) pour les
alphabétiser, les catéchiser et les rendre assidus aux offices religieux.
Deux salles attenantes (une pour les garçons, l'autre pour les filles) aux
bâtiments de l'"Hostellerie" (emplacement de l'actuelle place du Marché
aux Herbes) lui sont affectées à cet effet.
Une progression pédagogique adaptée en lecture et écriture, un petit
catéchisme simplifié rédigé par un Père Jésuite valenciennois et trois
manuels scolaires bien choisis rendent efficace cette pédagogie originale
conçue pour des élèves aux modestes capacités.
Une Confrérie dite de "Saint-Grégoire" est chargée du recrutement
et du contrôle pédagogique des maîtres et maîtresses (respectivement au
nombre de 6 et 12 pour 1500 élèves en 1603); une administration municipale
très coopérative (échevins aux questions scolaires, sergents-surveillants
à l'assiduité et la ponctualité, surintendants aux écritures...) gère
rigoureusement cette Institution.
Les enfants sont ainsi pris en charge jusqu'à ce qu'ils soient "bien
instruits", suffisamment compétents professionnellement (17/18 ans pour la
"licence" ou témoignage), tout en participant avec foi à "la restauration
catholique".
Le renom de l' École dominicale valenciennoise dépassa, au milieu du XVIIe
siècle, les frontières de la Ville, son "petit catéchisme", son
livret de morale en chansons étant reconnus par la Compagnie de Jésus.
Cahier
d' Histoire, page 55 |
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