D'après "La France à l'école"
         par Yves Galupeau

Amicale des Retraités de l'Education Nationale du Valenciennois

Mise à jour28-03-2010



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Chapitre 04


Textes de J. Halliez


Le Collège Sainte-Croix des Jésuites
 à Valenciennes

Dessin anonyme du XVIIe siècle
Valenciennes, Bibliothèque municipale

La Contre-réforme catholique, après les troubles religieux des années 1560, oblige les autorités municipales à accueillir à Valenciennes des pères Jésuites (pour prêcher et convertir "les hérétiques") qui ont reçu, selon contrat, les locaux de l’école latine de l’abbaye de Saint-Jean sis au cimetière Saint-Jacques (emplacement actuel des écoles du Cariot) occupés par les chanoines depuis 1556, les "oppositions" de l’Abbé restant lettre morte.
Les Jésuites ont été par ailleurs autorisés à acheter l’hôtel dit "de Gommegnies" (emplacement actuel de la Bibliothèque municipale) de sorte que la première rentrée est fixée au 1er octobre 1591.
Une église fut bâtie (actuel auditorium Saint-Nicolas) et ouverte en 1607, précédant la construction d’un nouveau bâtiment (1614).
La disposition du dessin anonyme du XVIIe siècle donne une vue d’ensemble des bâtiments du Collège vus de l’arrière, répartis de part et d’autre de l’Escaut et reliés par quatre ponts.
L’observateur, placé dans la cour de récréation de l’actuelle école mixte de la rue du Cariot, aperçoit :
 ... devant lui, le grand bâtiment aux multiples fenêtres (les chambres du Collège), laissant apparaître vers la gauche, une partie de la "Bibliothecque"
     donnant sur "la rue du Pont de Bois",
… à l’arrière plan, à l’extrême gauche, le "Chœur de l’Église" bâtie en 1607,
... au pied des bâtiments, le flot impétueux de l’Escaut portant bâteau, muni d’une "digue pour rompre le cours de l’eau", à droite,
... joignant la rive droite à la rive gauche, quatre ponts (le "Pont de S.Jacque", le "Pont couvert, le "Pont pour aller au jardin" et le "Pont pour aller à la basse-cour".
Par retournement du dessin, on détaille bien l'ensemble des communs de la rive gauche (côté rue du Cariot) : "Brasserie", "L'infirmerie", "Boulangerie", "Réfectoire", "Cuisine", "Cloche de la Maison".
Dans ce bel ensemble, les Jésuites valenciennois au nombre de 16 en 1591 (140 élèves), seront 20 en 1600, 36 en 1630 (294 élèves dont la moitié issus des villes et villages environnants).

Cahier d'Histoire, p. 51

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L'humble réalité des petites
écoles rurales au XVIIe siècle
 

A. Van Ostade, Le Magister
Paris, Musée du Louvre, 1662

Souvent fils cadet d'artisan ou de paysan, le magister est toujours de modeste origine ; le mince bagage reçu à l'école ou auprès du curé de paroisse suffit pour être engagé par la communauté villageoise ; muni d'un certificat de bonne vie et mœurs, l'engagement était souvent conclu par contrat.
La méthode individuelle pratiquée en classe génère l'indiscipline d'où un recours aux châtiments corporels pour maintenir l'ordre, première préoccupation du maître (férule, verges, martinet).
La classe au mobilier sommaire est aussi la pièce unique et  sombre du logement du maître.
Filles (plus jeunes) et garçons sont mêlés dans la salle ainsi que grands et petits, les groupes se formant autour d'activités plus ou moins communes.
Désordre, négligence, hygiène déplorable, misère... se dégagent de ces scènes scolaires... lieu commun de la peinture de l'époque, peinture voulant magnifier l'ordre en montrant le désordre.
 

Cahier d'Histoire, page 45 

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Le maistre d'escolle

 Abraham Bosse, "Le Blond..."
eau forte dessinée et gravée,
vers 1650, Rouen, MNE

Les "écoles journalières" sont vouées à la classe moyenne urbaine en mesure de payer taxe d'écolâtrerie et salaire du maître; à Valenciennes, elles restent dispersées en ville dans les cinq paroisses (Notre-Dame de la Chaussée, Saint-Nicolas, Saint-Géry, Saint-Jacques , Saint Vaast).
Maîtres et maîtresses des écoles payantes reçoivent chez eux les enfants d'artisans, boutiquiers, marchands... qui ont besoin de savoir lire, écrire et compter pour exercer leur métier.
Ici, dans la grande chambre du maître dont on aperçoit l'armoire personnelle et le lit à baldaquin dans le fond à droite, une douzaine de garçons (plus une fillette, semble-t-il, attachée aux tâches ménagères près du tabouret), forment  une classe divisée en petits groupes aux occupations diverses : lire, écrire, compter, discuter...
Le maître, assis sur sa chaise, âgé, portant lunettes, tient dans sa main gauche les verges, occupé à expliquer ou à gronder dans l'interrogation qu'il mène auprès d'un élève très  respectueux ou apeuré.

 Cahier d'Histoire, illustration de la couverture de la brochure des chapitres III et IV

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L'École flamande

Estampe du XVIIe siècle
d'après le tableau de Eisen, père

 Le principe de la nécessité de l'éducation des filles n'est guère posé avant le XVIe siècle : l'enseignement religieux et l'esprit de mortification en sont les bases essentielles.
L'Église interdit la mixité.. "La charge d'instruire les filles sera confiée à des veuves d'une honnêteté éprouvée ou à des matrones qui enseignent avec soin la manière de vivre chrétiennement et la méthode de lecture" disait-elle en 1584. Cette attitude ne favorise guère la scolarisation des filles qui, faute de maîtresses moralement recommandables, ne peut que rester à l'état d'intention... jusqu'au XVIIe siècle où le vœu devient réalité.
Ici, l'école réservée aux filles présente des modalités de fonctionnement identiques à celles rencontrées chez le magister :
 - salle de classe sombre au mobilier rudimentaire,
 - groupes d'écolières (petites et grandes) dispersées dans la  salle, en pratique d'activités plus ou moins désordonnées,
 - sévérité de la maîtresse assise en chaire, verges à la main, interrogeant (ou tançant) une élève (méthode individuelle) agenouillée humblement devant elle. 

Cahier d'Histoire, page  43

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Abécédaire illustré
"dédié aux vertus admirables
 des Sœurs de la Charité

 Gravure en couleurs
Rouen, Musée National de l'Éducation.

À partir du XVIIe siècle apparaissent de nombreuses congrégations enseignantes féminines se proposant pour  "fin but principal l'instruction des petites filles... futures mères sur lesquelles reposera en partie l'éducation chrétienne des enfants" : Visitandines, Filles de la Sagesse, Sœurs de la Providence, Ursulines... et bien d'autres qui illustrent au mieux cette poussée de l'alphabétisation féminine.

Il s'agit ici des "admirables" Sœurs de la Charité; "dames" ou "filles" de la "Charité" (les Congrégations de ce nom sont nombreuses) s'adonnent soit aux soins aux malades, soit à l'instruction des petites filles, soit aux deux missions à la fois.
Bien avant, introduites à Valenciennes respectivement au XIIIe siècle et au XVe siècle, Béguines de Sainte-Élisabeth (Impasse donnant rue Delsaux) et  Sœurs Grises de Saint-François (rue Notre-Dame) assureront une présence permanente jusqu'à la Révolution aux côtés des quatre autres établissements scolaires féminins créés par la Contre-Réforme catholique (Sémeriennes, 1611 – Brigittines, 1649 – Ursulines, 1654 – Badariennes, 1662). 
 

Cahier d'Histoire, page  63    

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"L'escolle de Nostre-Dame
des Anges" 

 Simon Le Boucq, Histoire ecclésiastique
 de la Ville et Comté de Valenciennes,
Réédition de 1844
 

Fondée en 1611, cette école gratuite enseignait à plus de deux cents filles pauvres "la religion, la lecture, l'écriture, l'orthographe... l'arithmétique, la géographie et  généralement tous les ouvrages propres au sexe" (entre autres l'art subtil de la dentelle); ainsi dès le début du XVIIe siècle, la vocation dentellière de la Ville apparaît, mais il ne s'agit encore que de signes avant-coureurs.
L'École Notre-Dame des Anges (dite École de la Congrégation), sise rue Capron à l'emplacement de l'actuel Trésor public et du Groupe scolaire Françoise Badar, conserve une partie des bâtiments occupés jusqu'à la Révolution par  les Sémeriennes dites Filles de Sainte-Agnès ou Jésuitesses, avec façade joliment rénovée au fond de la cour du n° 20. 

Cahier d'Histoire, page 62

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Le Couvent des Brigittines

 Simon Le Boucq, Histoire ecclésiastique
de la Ville et Comté de Valenciennes
,
Réédition de 1844

 

 Introduites en ville en mars 1613, les religieuses de Notre-Dame de la Charité ne trouvent un lieu d'implantation définitif qu'en 1649 dans la rue Delsaux.
Du fait de cette installation difficile, il semble que chez les Brigittines, mal équipées, les élèves n'y étaient reçues que par petits groupes, surtout le dimanche.
Entre les nos 27 et 31 de l'actuelle rue Delsaux, s'ouvre donc cette "impasse des Brigittines" dont on découvre ici le même aspect des lieux qu'à l'ouverture du couvent au XVIIe siècle. 

Cahier d'Histoire, page  63

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L'École dominicale valenciennoise
 pour "la masse"

 Simon Le Boucq, Histoire ecclésiastique
de la Ville et Comté de Valenciennes
,
Réédition de 1844

 Si les fils de la bourgeoisie aisée fréquentent le Collège Sainte-Croix et ceux de la classe moyenne "les petites écoles" payantes de l'écolâtrerie Saint-Jean, les pauvres étaient délaissés : c'est à leur intention que la Contre-Réforme catholique établit cette "École dominicale" à Valenciennes en 1584.
Dès l'âge de 5/6 ans, de nombreux enfants pauvres sont en effet employés le jour en ville dans les "ateliers", d'où l'impossibilité de  fréquenter les "écoles particulières", par ailleurs payantes, ouvertes en semaine.
Gratuite, ouverte le dimanche jour de repos, l'École dominicale va accueillir ces enfants-artisans (tisserands ou autres) pour les alphabétiser, les catéchiser et les rendre assidus aux offices religieux.
Deux salles attenantes (une pour les garçons, l'autre pour les filles) aux bâtiments de l'"Hostellerie" (emplacement de l'actuelle place du Marché aux Herbes) lui sont affectées à cet effet.
Une progression pédagogique adaptée en lecture et écriture, un petit catéchisme simplifié rédigé par un Père Jésuite valenciennois et trois manuels scolaires bien choisis rendent efficace cette pédagogie originale conçue pour des élèves aux modestes capacités.
Une Confrérie dite de "Saint-Grégoire" est chargée du recrutement et du contrôle pédagogique des maîtres et maîtresses (respectivement au nombre de 6 et 12 pour 1500 élèves en 1603); une administration municipale très coopérative (échevins aux questions scolaires, sergents-surveillants à l'assiduité et la ponctualité, surintendants aux écritures...) gère rigoureusement cette Institution.
Les enfants sont ainsi pris en charge jusqu'à ce qu'ils soient "bien instruits", suffisamment compétents professionnellement (17/18 ans pour la "licence" ou témoignage), tout en participant avec foi à "la restauration catholique".
Le renom de l' École dominicale valenciennoise dépassa, au milieu du XVIIe siècle, les frontières de la Ville, son "petit catéchisme", son livret de morale en chansons étant reconnus par la Compagnie de Jésus.

 Cahier d' Histoire, page  55